Mort le 1er juin à 81 ans, Diallo Souleymane a reçu un dernier hommage national le 11 juin au Palais du peuple de Conakry, avant d’être inhumé le lendemain dans son Labé natal. Ci-dessous l’hommage que lui ont rendu ses filles Idiatou, Mariam et Mama Kadiatou, lors du symposium.


Mesdames, Messieurs, Distingués invités,

Avant toute chose, notre famille tient à remercier chaleureusement tous ceux qui ont permis l’organisation de ce symposium pour rendre hommage à notre cher père, Souleymane Diallo. Notre profonde gratitude s’adresse au Ministère de la Communication, de l’Économie Numérique et de l’Innovation, à la presse guinéenne et internationale, aux collaborateurs du Groupe Le Lynx-La Lance, ainsi qu’à ses fidèles amis. Merci d’être là.


Vous connaissiez tous le Diallo Souleymane public : le fondateur, le journaliste intrépide, l’ami ou le confrère. Mais aujourd’hui, nous aimerions vous parler de l’homme de famille. Ces derniers jours, à travers la vague de témoignages reçus, nous avons redécouvert notre père à travers vos regards. Son esprit, sa perspicacité, sa force et sa persévérance ne sont plus à prouver.
Mais pour nous, au-delà du grand homme, tu seras toujours, simplement et tendrement, notre APapa. Notre cher APapa, Nous sommes réunis aujourd’hui pour te dire ce douloureux au revoir. Mais avant que tu ne partes, nous te dirons d’abord merci. Nous savons qu’incarner l’homme que tu as été, mener ce combat de chaque instant pour la liberté de la presse en Guinée, t’a souvent laissé un sentiment de culpabilité visà-vis de nous, tes enfants. C’était prenant, oui. Tu étais moins souvent à la maison que tu ne l’aurais voulu, et je sais que tu le regrettais. C’était le prix de tes combats.


Mais nous souhaitons te dire aujourd’hui, devant tout le monde, que faire partie de ta famille est un privilège et un honneur absolu. Tu ne nous as pas délaissés, tu nous as habités. Tu n’as perdu aucun instant de ta vie, aucune de tes minutes n’a été inutile. Toi qui te levais chaque matin à 4 heures pour travailler d’arrache-pied, tu nous as montré ce que signifiait le mot dévouement. Le matériel n’a jamais eu d’importance à tes yeux. Seul comptait l’impact de tes actes. Sache que nous avons toujours été immensément fiers de toi. Fiers de ton courage, de ta bravoure et de ton intégrité. Merci pour les valeurs que tu nous as léguées, celles que nous chérissons et que nous nous battrons à notre tour pour transmettre à nos enfants : la discipline, le sens du travail bien fait, l’amour de la lecture, et surtout, cet esprit critique que tu as instauré à la maison.


Chez nous, le dialogue était roi. Nous avions le droit d’être en désaccord avec toi ; tu encourageais la contradiction et tu nous as offert l’espace pour exister. Tu étais ce père brillant qui nous damait tous le pion au jeu du « menteur », celui qui avait toujours une longueur d’avance. Tu voyais ce qui était encore invisible pour le commun des mortels, et pourtant, tu restais d’une humilité sans nom. Tu savais écouter, analyser, et ne jamais t’asseoir sur tes réussites. Toujours chercher à faire mieux. Voilà ton véritable héritage. Et puis merci, APapa, pour ton soutien infaillible. Plus que tout, dans notre société patriarcale, nous te remercions de nous avoir reconnues, valorisées, et permis de porter haut « notre voix ».


Il est temps maintenant de te laisser partir. Nous te faisons la promesse de prendre soin de tout cet héritage. Tu as semé la graine ; elle a germé, elle a grandi, et nous veillerons à ce qu’elle devienne un arbre fort. Demain, nous t’accompagnerons à Labé. Cette terre qui t’a vu grandir et où tu vas enfin pouvoir te reposer. Pars en paix, APapa. Repose-toi maintenant aux côtés de Mohamed, notre cher frère qui était devenu ton meilleur ami, de tonton Mamadou Oury, ton complice de jeunesse, de Messieurs Bah Lamine, Williams Sassine, et de tous tes illustres compagnons de route.


Tu as fini ton travail. Merci pour tout, Apapa !