Chahana Takiou, directeur du journal 22 Septembre, et Abdrahamane Keita, directeur du Témoin, ont été incarcérés respectivement lundi 8 et mardi 9 juin. Le premier avait critiqué, précisément, le non-respect du droit de la presse par la justice malienne. Le second avait déploré que Kidal soit actuellement administrée par les jihadistes du Jnim, liés à al-Qaïda, qui contrôlent effectivement la ville depuis le 25 avril avec leurs alliés indépendantistes du FLA. La profession se mobilise pour leur libération mais, pour le moment, c’est le dialogue qui est privilégié. 

Un proche de Chahana Takiou s’inquiète pour sa santé fragile mais rassure aussitôt : « il tient bien le coup et peut recevoir des visites sans restriction ». Du côté d’Abdrahamane Keita, « les conditions de détention sont bonnes, assure-t-on dans son entourage, et il est égal à lui-même : l’état d’esprit est bon ».

Les deux journalistes doivent être jugés fin juillet pour le premier, mi-août pour le second. Un troisième, Youssouf Sissoko, est en prison depuis déjà plus de quatre mois, condamné à deux ans fermes pour un article mettant en doute des propos du président nigérien Abdourahamane Tiani. Le Niger est un allié du Mali au sein de l’AES. 

Jeudi soir, la Maison de la presse, qui rassemble les associations de journalistes du Mali, a tenu une « assemblée générale d’information ». Son président Bandiougou Danté a assuré que sa priorité était de faire libérer les trois journalistes, en privilégiant les « échanges institutionnels » et les « démarches concertées ». Autrement dit : « en maintenant un climat propice au dialogue avec les autorités ».

La méthode se veut apaisée et responsable : d’une part, la Maison de la presse entretient d’excellentes relations avec les autorités de transition, d’autre part, le régime sait réprimer les velléités de contestation. Pour autant, de nombreux journalistes maliens qui auraient préféré une stratégie plus musclée font part à RFI de leur déception face à ce qu’ils qualifient de manque de courage ou de principe. 

Par RFI