Je demande à une candidate au Brevet 2026 si la première journée du 22 juin s’est bien passée, elle me répond : non. Selon elle, la journée a commencé par une fuite de sujet portant sur l’épreuve de Rédaction, on a dû attendre l’arrivée du nouveau sujet.

Cette information m’a fait remonter le temps pour me souvenir de ce qui s’est passé en 1966 quand j’étais moi-même candidat au Brevet au collège de Beyla. Après l’examen, la rumeur a couru qu’à la suite d’une fuite de sujet survenue à Guéckédou, la correction a été particulièrement sévère au centre de correction unique d’alors à Conakry.

Les résultats ne pouvaient être que catastrophiques, nous avons été 5 admis sur 45 candidats pour Beyla. De nos jours, la fraude scolaire est devenue multiforme. Certes elle n’est pas que propre à la Guinée, mais elle a pris l’allure d’un mal récurrent qui impacte fortement notre système éducatif.

Citons quelques-unes des formes de la fraude en Guinée :

 · La fuite de sujet due aux personnels chargés de la collecte, du tri et de la mise sous enveloppe des épreuves

 · Le laxisme des surveillants qui laissent passer des téléphones ou autorisent la communication entre candidats en échange de sommes d’argent

· Des parents d’élèves qui négocient avec des correcteurs pour la réussite de leurs enfants 

· Des fondateurs d’écoles privées qui soudoient des directions communales de l’éducation pour obtenir des taux de réussite élevés en vue une clientèle nombreuse à la rentrée.

Ces quelques exemples montrent à suffisance combien les examens pré-universitaires sont entachés par la fraude. Signalons que le mal existe aussi dans le trafic des notes lors des évaluations dans l’enseignement supérieur.

Les conséquences de la fraude scolaire sont connues :

· Le laisser-aller dans les évaluations favorise le passage en classe supérieure de nombre d’élèves sans niveau

· Beaucoup de candidats ne se soucient pas de travailler durement, convaincus qu’ils réussiront grâce à la fraude

 · Le diplôme guinéen est décrédibilisé par rapport au diplôme obtenu à l’étranger

· La médiocrité de nombre de cadres dans toutes les sphères de l’administration publique ou privée.

S’il est vrai que l’État fournit sans cesse des efforts pour lutter contre la fraude scolaire, l’évidence reste que le mal persiste. C’est le lieu de souhaiter qu’une enquête approfondie en la matière soit réalisée pour éclairer la lanterne des uns et des autres et établir une batterie de mesures efficaces, pour endiguer la fraude à l’école. Des observateurs estiment qu’on peut juste atténuer le mal, mais quant à l’éradiquer complètement relève du rêve.

Walaoulou BILIVOGUI