« Quand un médecin commet une erreur clinique, c’est une personne qui meurt. Lorsqu’un architecte ou un ingénieur se trompe, c’est toute une population qui peut en subir les conséquences. »
C’est la toute première phrase que l’on m’a dite lors de mon premier cours d’architecture.
Pendant tout mon cursus, puis lorsque j’ai commencé à exercer sur le terrain, cette phrase résonnait en moi comme un véritable principe. Toutes mes réflexions s’articulaient autour de cette responsabilité. À chaque projet, à chaque intervention, je gardais à l’esprit qu’au-delà des plans, des calculs et des matériaux, ce sont des vies humaines qui sont en jeu.
Malheureusement, cette exigence semble souvent s’arrêter aux portes de l’école. Une fois confronté à la réalité, on entend rapidement : « Tu crois qu’on est en Europe ? Ici, c’est la Guinée. Si tu travailles avec trop de rigueur, tu n’auras presque pas de projets. »
Pourtant, la Guinée est en chantier. C’est même devenu une expression que l’on entend partout. Et c’est vrai : de nouveaux bâtiments sortent de terre chaque jour.
Mais une question essentielle demeure : ces infrastructures sont-elles réellement encadrées ?
Quels mécanismes de contrôle garantissent la qualité des études, le respect des normes techniques, la délivrance régulière des permis de construire et le suivi des chantiers jusqu’à leur achèvement ?
Force est de constater que, dans bien des cas, le secteur du bâtiment souffre d’un manque de rigueur préoccupant. Pour quelques avantages personnels, certains acteurs de la chaîne de contrôle ferment les yeux, au détriment de la sécurité collective.
Comment expliquer, par exemple, qu’un immeuble de plusieurs niveaux puisse être construit en plein cœur de la capitale sans que les autorités compétentes n’en aient connaissance ou n’interviennent suffisamment tôt ?
Nous ne cesserons jamais de le rappeler : faites appel à des professionnels pour vos projets.
Si vous trouvez leurs prestations coûteuses aujourd’hui, les conséquences d’un effondrement, d’une malfaçon ou d’un sinistre vous rappelleront, elles, le véritable coût de l’improvisation.
Respectons les procédures. Réalisons les études nécessaires. Exigeons des contrôles sérieux. Protégeons les investissements, mais surtout les vies humaines.
Hier, c’était à Lambandji. Aujourd’hui, c’est Demoudoula. Si rien ne change, d’autres drames suivront inévitablement.
Il est temps que chacun assume ses responsabilités. Lorsque des fautes sont établies, elles doivent être sanctionnées. N’attendons pas qu’une catastrophe encore plus grave survienne pour agir.
Les messages de compassion « Yakoo » ne ramèneront jamais les vies perdues. Ils ne reconstruiront pas non plus les investissements engloutis sous les décombres.
Prévenir coûtera toujours moins cher que réparer. Et, surtout, cela sauvera des vies.
Halimatou Soumah, architecte

