Samedi 18 juillet, l’Institut français de Guinée, (Campus France) en collaboration avec l’ambassade de France en Guinée et en Sierra Leone a organisé une rencontre d’échange et d’information avec les étudiants guinéens admis en France pour la rentrée universitaire 2026. Objectif ? Favoriser les échanges autour des perspectives offertes par les études supérieures, du développement des compétences et des opportunités liées au Projet Simandou 2040.

Présidé par le Premier ministre Amadou Oury Bah, le rendez-vous tenu à Conakry a permis de présenter aux futurs étudiants les grands axes du Projet Simandou-2040, ses besoins en ressources humaines, les secteurs prioritaires ainsi que les opportunités professionnelles qui pourraient s’offrir aux jeunes diplômés guinéens. Les échanges ont notamment porté sur les filières d’études et spécialisations adaptées aux besoins futurs du pays, les compétences recherchées, l’employabilité des jeunes diplômés et les perspectives de retour en Guinée après une formation à l’étranger. L’objectif affiché par les organisateurs est de faire en sorte que les jeunes guinéens deviennent des acteurs majeurs de la transformation économique annoncée à travers les 122 projets du Programme Simandou 2040.

Selon les données communiquées par Campus France-Guinée, l’intérêt pour les études en France reste particulièrement élevé. En 2026, 9 500 candidatures ont été déposées sur la plateforme « Études en France ». 8 250 ont été validées et transmises aux établissements français et 1 250 étudiants guinéens ont été admis dans des établissements publics français. Sauf que ceux qui ont été déclarés admis n’ont pas encore tous effectué la demande de visa. Sur 587 demandes de visa, 470 ont reçu un avis favorable, (80%), et 117 demandes rejetées.

De la droite vers la gauche, l’ambassadeur Luc Briard et le Premier ministre Amadou Oury Bah

Le responsable de Campus France-Guinée, Amara Diawara, a déclaré que l’enjeu est d’accompagner les jeunes dans la construction d’un projet professionnel cohérent. « Certains étudiants arrivent avec un projet précis. D’autres ont une volonté forte de réussir, mais connaissent encore mal les métiers, les débouchés ou les compétences dont la Guinée aura besoin demain. Ce constat ne constitue pas un reproche. Il nous rappelle une responsabilité collective : une vocation ne se décrète pas à dix-huit ans ; elle se découvre, se nourrit et se construit ». Il a insisté sur la nécessité de rapprocher les jeunes du monde professionnel afin qu’ils puissent mieux comprendre les réalités économiques et les opportunités qui s’offriront à eux. « C’est cela investir dans le capital humain : permettre à chaque enfant d’acquérir les connaissances, les compétences, la confiance et la capacité d’adaptation qui lui donneront demain la liberté de choisir sa trajectoire ».

Gagner en liberté

Amara Diawara soutient que la mobilité étudiante ne doit pas être perçue comme une simple opportunité de départ, mais comme un moyen de contribuer au développement national. « La mobilité étudiante prend tout son sens lorsqu’elle permet d’acquérir des compétences, de réussir un parcours, de développer un réseau et de mettre ensuite cette expérience au service d’une trajectoire professionnelle durable ».

Une vue de la salle

Le responsable a rappelé que l’avenir des jeunes guinéens ne doit pas uniquement être envisagé à travers l’étranger. « Tous les jeunes n’ont pas vocation à étudier à l’étranger. Tous ne devraient pas non plus être obligés de partir pour bénéficier d’une formation de qualité ». Pour lui, le défi consiste à concilier ouverture internationale et renforcement du système éducatif national. « Le retour ne doit pas être présenté comme un renoncement, encore moins comme la fin d’une mobilité internationale. Revenir, c’est gagner en liberté. C’est pouvoir choisir entre plusieurs territoires, plusieurs employeurs et plusieurs projets. La mobilité ne doit pas devenir un exil académique. Elle doit devenir une circulation des compétences ».

Restituer l’investissement

Les besoins en compétences liés au Projet Simandou concernent plusieurs secteurs notamment : les mines, la géologie, le génie civil, le ferroviaire, la mécanique, l’électricité, la maintenance, la logistique et les infrastructures. D’autres domaines comme l’environnement, l’eau, le numérique, la cybersécurité, le droit, la finance, la santé, la sécurité, les ressources humaines, la formation, la communication, l’agriculture et la recherche figurent également parmi les secteurs nécessitant des profils qualifiés.

L’ambassadeur de France en Guinée et en Sierra Leone, Luc Briard, a insisté sur la nécessité pour les étudiants de garder un lien permanent avec leur pays d’origine. « Félicitations d’avoir été acceptés dans nos excellentes universités. Mais il faut revenir. Nous sommes ici pour vous accompagner, pour amortir le choc du départ, car l’accueil en France n’est pas celui de la Guinée. Et puis, il y aura le choc du retour ». Il signale que ces étudiants représentent un investissement important pour la Guinée. « Vous partez via Campus France et il faudra revenir pour nourrir ce que la Guinée a investi en vous, parce qu’évidemment, il y a eu jusqu’au Bac un énorme investissement consenti par les autorités guinéennes », a-t-il insisté, avant de lancer un appel : « Soyez fiers du chemin qui s’ouvre devant vous et gardez toujours un œil tourné vers la Guinée, car c’est là que votre avenir comme celui du pays se jouera pleinement. »

« Vous n’allez pas pour faire du tourisme »

Le Premier ministre Amadou Oury Bah a expliqué que le Projet Simandou doit marquer une rupture avec l’ancien modèle économique guinéen. Selon lui, l’exploitation des ressources minières ne doit plus se limiter à générer des revenus, mais à servir de levier pour transformer le pays. « La question maintenant, c’est de dire qu’avec le revenu qui sera tiré de ce projet minier, qu’est-ce qu’on va faire de cela ? » Et d’ajouter : « L’objectif actuel, c’est que nous sortions définitivement de cette économie de rente. »

Le président du CA du Trans Guinéen et l’ambassadeur de la France en Guinée et en Sierra Leone Luc Briard

Bah Oury a invité les étudiants à considérer leur départ comme une étape de formation. « Vous n’allez pas pour faire du tourisme. Vous allez étudier. Et le pays a besoin de vous ». Insistant sur le fait que la Guinée fait face à « un lourd déficit » en ressources humaines qualifiées, il promet un meilleur accompagnement des étudiants à l’étranger. « Nous ferons tout pour que les ambassades fassent revivre les services culturels (…) pour qu’aucun ne se sente perdu. » Selon lui, l’ambition de transformer la Guinée ne se fera qu’avec l’engagement de sa jeunesse : « Il faut qu’on travaille ensemble », afin de « rattraper tout ce que nous avons à faire ».

Le ministre des Mines et de la Géologie, Bouna Sylla et le Président du conseil d’administration du Trans-Guinéen, Mamoudou Nagnalen Barry, ont prodigué des conseils aux étudiants sur la réussite académique, la construction de leur carrière et l’importance de se mettre au service de la Nation à travers leurs compétences.

Abdoulaye Bah