Le 21 juillet, le tribunal de première instance de Pita a condamné Mamadou Aliou Sall à 15 ans de réclusion criminelle pour le meurtre de son épouse et de sa nièce, le 20 juin à Ley-Miro. Un procès tenu à l’insu de la partie civile qui menace de relever appel.
Le drame s’est produit le 20 juin dernier à Diounkoun, dans la sous-préfecture de Ley-Miro située à 100 km à l’ouest de la préfecture de Pita. Mamadou Aliou Sall, puisatier, a ouvert le feu sur son épouse, Mariama Sadjo Sall. Les éclats de balles du fusil de fabrication locale ont mortellement atteint sa nièce Oumou Salamata Sall, adolescente. Il soupçonnait son épouse d’adultère.
L’accusé a été trimballé devant le tribunal criminel de Pita. Initialement poursuit pour des faits présumés de meurtre, il a été finalement jugé pour « homicide involontaire ». À la barre, Mamadou Aliou Sall a reconnu les faits articulés contre lui : « Mon intention n’était pas de tuer ma femme ni ma nièce. Je soupçonnais le nommé Youssouf d’entretenir des relations amoureuses avec ma femme. »
Le mari malheureux se serait plaint à maintes reprises chez les autorités locales de Ley-Miro, en vain. Même qu’après une réunion entre Youssouf et lui, l’amant de sa femme s’est engagé de rompre avec elle. Un engagement qu’il n’a pas respecté. D’ailleurs, Mamadou Aliou Sall aurait surpris les deux tourtereaux dans une chambre de la maison de sa belle-famille. Il se serait jeté sur son rival : « Mais comme il est plus fort que moi, il a pu s’échapper. Alors à l’aide d’un fusil de ma belle-famille, dans l’intention de tirer dans les pieds du jeune pour ne pas qu’il m’échappe, les balles ont atteint mon épouse et ma nièce. Malheureusement, elles sont mortes. » L’accusé plaide la clémence du tribunal : « En plus de mes trois enfants, j’ai 10 autres bouches à nourrir. »
Un jugement insatisfaisant
Dans sa réquisition, le pro-crieur de la République avait demandé au tribunal de retenir l’accusé dans les liens de la culpabilité et de le condamner à 30 ans de réclusion criminelle.
Dans ses plaidoiries, la défense reproche aux autorités de Ley-Miro de n’avoir pas joué leur rôle pour parer au pire. Autrement, le drame aurait pu être évité. Me Moumini Diallo plaide pour une atténuation de la peine : « Il n’avait pas l’intention de tuer sa femme ni sa nièce », assure-t-il. L’avocat (sans vinaigrette) demande au tribunal de condamner son client à 5 ans de prison, dont deux ans assortis de sursis.
Dans sa délibération, le robin a déclaré coupable Mamadou Aliou Sall d’homicide volontaire. Il l’a condamné à 15 ans de gnouf et ordonné la confiscation, au profit de l’État, du fusil de chasse de calibre 12 et des deux cartouches, placés déjà sous scellés.
Après le verdict, des proches des victimes haussent le ton. Ils s’offusquent de n’avoir pas été informés de l’ouverture du procès, qu’ils auraient apprise sur les réseaux sociaux.
« Ils ne nous ont pas informés de l’audience. La condamnation aussi est petite pour lui, nous demandons la reprise du jugement. Nous sommes venus au tribunal afin de savoir si nous pouvons faire appel de la décision pour que le jugement soit repris », réagit Djouhé Bhoye Sall, grand-frère de la nounou, interrogé par Nyla TV.
Ce dernier contredit les déclarations de l’accusé à la barre : « Le petit qu’il suspecte d’être amant de sa femme est un mineur. Mamadou Aliou Sall a tiré trois balles sur [les deux victimes]. Il lui en restait trois autres dans ses poches. Alors comment peut-il dire qu’il n’a pas fait exprès ? Nous aurions compris s’il n’avait tiré qu’une seule fois. »
Joint au téléphone le 24 juillet par Le Lynx, un autre proche des victimes, basé à Ley-Miro, attend impatiemment le réexamen en appel du dossier : « Dès qu’on nous appelle pour le procès, nous irons donner notre version des faits. Mais si on ne nous appelle pas, nous nous en remettrons à la volonté divine. »
Souleymane Bah

