À travers un décret du 27 juillet lu sur les antennes de la RTG, Mamadi Doumbouya a procédé à un mini-remaniement gouvernemental. Il y a eu des départs, des arrivées (ou retour), des permutations, des reconductions… Décryptage.
Peu de nouveaux visages. Le chef de l’État a choisi de repartir au front avec pratiquement la même équipe. Dans la soirée du lundi 27 juillet, il a officialisé la liste des 30 membres du nouveau gouvernement. Malgré les nombreuses permutations au sein de cette vraie-fausse nouvelle équipe, quelques enseignements se dégagent.
Le Premier ministre, Amadou Oury Bah, annoncé sur le départ à chaque remaniement, réussit une nouvelle fois à conserver son fauteuil. Cette fois pourtant, beaucoup misaient sur son départ, au lendemain des élections locales et législatives qui n’ont pas véritablement mobilisé les électeurs. Bah Oury est toujours là, reconduit en même temps que les ministres qu’il est censé proposer au président de la République.
Mamadi Doumbouya a choisi de renvoyer aux calendes grecques les changements profonds. Seulement quatre nouveaux entrants pour les 30 postes ministériels. Parmi eux Lansana Béa Diallo. Écarté du gouvernement, du ministère de la Jeunesse et des Sports, sans avoir réussi à organiser l’édition 2025 de la Coupe d’Afrique des Nations que la Guinée voulait accueillir, l’ancien boxeur effectue un retour inespéré. Il retrouve le ministère de la Jeunesse, désormais amputé des Sports (devenu un département à part) dont se console Cellou Baldé.
Fin de la « dynastie » Condé
Au ministère de l’Éducation nationale et de l’Alphabétisation, Mamadi Doumbouya mise sur Bintou Keïta. Ancienne fonctionnaire des Nations unies, elle prend les rênes d’un département en quête de stabilité depuis plusieurs années et surtout ébranlé par la mort en détention à Kindia d’un candidat au bac.
Aboubacar Kourouma, jusque-là secrétaire général du ministère du Travail et de la Fonction publique, est propulsé ministre de l’Industrie et du commerce.
De l’arrivée d’Alpha Condé au pouvoir en 2010 jusqu’à ce 27 juillet 2026, le ministère de l’Administration du territoire et de la décentralisation (MATD) est resté la chasse gardée des Condé. D’Alhassane Condé à Ibrahima Kalil Condé, en passant par Bouréma et Mory Condé, cette famille a longtemps régné sur ce département stratégique.
Mamadi Doumbouya rompt cette continuité en nommant Djénabou Touré à sa tête. Celle qui a piloté le fichier électoral et supervisé l’organisation des élections en Guinée durant la transition voit ainsi sa loyauté au régime récompensée.
Son prédécesseur, Ibrahima Kalil Condé, est nommé ministre délégué à la Défense nationale. Ce poste était vacant depuis le départ d’Aboubacar Sidiki Camara, alias « Idi Amin », désormais ambassadeur de la Guinée en France.
Les départs surprise
Ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique jusqu’ici, Diaka Sidibé, qui avait survécu à tous les précédents remaniements, quitte finalement le gouvernement. Elle est remplacée par Djami Diallo. Sur les réseaux sociaux, l’ancienne ministre a dit sa « profonde gratitude » à Mamadi Doumbouya, qui lui a permis de « servir notre pays à 34 ans à de hautes responsabilités… Je rends grâce à Allah, le Maître des destins, qui accorde les responsabilités, les retire au moment qu’Il décide et guide chacun de nos pas. Je demeure convaincue que chaque étape de la vie répond à une sagesse divine. »
Patricia Adeline Lamah n’aura finalement passé que six mois au sein du gouvernement. La ministre de la Femme, de la Famille et des Personnes vulnérables cède sa place à Aminata Kaba. Depuis le changement de régime, cette dernière a survécu à tous les remaniements en migrant d’un ministère à l’autre.
Comme Aminata Kaba, Alpha Bacar Barry poursuit son tour du gouvernement. Longtemps considéré comme l’un des ministres les plus populaires de l’équipe Bah Oury, l’ancien ministre de l’Éducation nationale et de l’alphabétisation a vu son image se dégrader à la suite des derniers examens nationaux. Le décès en détention de Mamadou Djouma Bah, élève poursuivi pour fraude au baccalauréat (évoqué plus haut), ainsi que les accusations de fuites de sujets au BEPC et au baccalauréat ont fortement terni son bilan. Il est muté au ministère de l’Élevage, un département généralement considéré comme moins stratégique. Toutefois, amoureux de la terre et des bêtes, il ne devrait pas dépayser.
Les inamovibles
Pour le reste, le chef de l’État s’est essentiellement livré à un vaste jeu de chaises musicales, évitant de se séparer de son premier cercle. Morissanda Kouyaté, Ousmane Gaoual Diallo, Mory Condé, Moussa Moïse Sylla, Karamo Diawara, Aboubacar Camara, Benoît Kamano et Laye Sékou Camara conservent leur place au sein du Gouvernement Bah Oury.
Yacine Diallo

