Contrairement à l’an 2025, la Guinée enregistre, cette année, à la même période des pluies, une baisse des précipitations, selon les données de l’Agence nationale de la météorologie. Une situation qui interpelle. Le 7 août, dans les colonnes de votre hebdomadaire satirique, des spécialistes ont donné les raisons de cette faible pluviométrie et évoqué les conséquences de celle-ci.

Au même moment en 2025, le populo se démerdait pour parer aux multiples inondations qui frappaient le bled, notamment à Cona-cris et environs. Cette année, beaucoup redoutaient une situation similaire. Il n’en est rien, du moins jusqu’en ce début août. Les journées de forte pluie de 2025 ont laissé place, cette année, à des journées qui alternent entre nuages, soleil et faible pluie. La situation pourrait affecter bien des citoyens dans leurs secteurs d’activité. 

Le dirlo national de la météorologie, Tato Loua, confirme que la pluviométrie de 2026 est, pour le moment, déficitaire par rapport à celle de l’année dernière. Il fait remarquer que la pluie n’est tombée cette année qu’en mai, contrairement à l’année dernière où elle s’était annoncée en mars : « La première quantité qu’on a observée durant le mois d’avril, c’était 6,7 millimètres. Cette année, c’est à partir du mois de mai que la saison des pluies s’est effectivement installée. Nous avons observé 26,3 mm, contre 151,1 mm l’année dernière. Il y a eu un grand écart pour le mois de mai. Quand vous prenez le mois de juin, nous avons enregistré 393,3 mm d’eau tombée en juin 2026, contre 453,7 mm en juin 2025. Et pour le mois de juillet 2026, nous avons enregistré 1 219,6 mm d’eau tombée, contre 1 783,7 mm en 2025.»

Le météorologue estime que la faible pluviométrie en 2026 n’est pas spécifique qu’à la Guinée. Il l’impute au phénomène planétaire appelé El Niño : «La température de la surface de l’eau de mer dans le pacifique a augmenté. Elle atteint un niveau qui affecte le climat mondial. Certaines zones de la terre vont connaître des vagues de chaleur, d’autres des excédents pluviométriques, ou encore des déficits pluviométriques, des vents violents, des orages violents.»

Des inondations malgré une faible pluviométrie ?

Interrogé sur les inondations enregistrées à Cona-cris malgré des pluies parfois peu abondantes, le spécialiste précise : «Il faut faire la différence entre la pluviométrie et la pluviosité. La pluviométrie, c’est la quantité d’eau enregistrée. La pluviosité, c’est cette quantité tombée pendant un temps. Une grande quantité peut tomber en 30 minutes ou en une heure, ce qui peut occasionner des inondations, surtout lorsque le sol est déjà gorgé d’eau et que l’infiltration est très faible. L’eau s’accumule rapidement à la surface. Lorsque la pluie est forte et intense sur une courte durée, cela peut provoquer des inondations. En revanche, cette même quantité peut tomber pendant trois ou quatre heures. Dans ce cas, l’eau s’écoule progressivement et les risques d’inondation sont moindres.»

Des conséquences sur l’environnement ?

Pour Abdoulaye Diallo, ingénieur agroéconomiste et expert en coordination de projets et programmes environnementaux, agricoles et éducatifs, un déficit pluviométrique peut avoir des conséquences importantes, notamment pour les agriculteurs : «Une faible pluviométrie entraîne des retards dans les semis, une mauvaise germination des cultures, une baisse des rendements agricoles et une augmentation des pertes de récoltes.» Selon lui, la baisse de la pluviométrie entraine de facto des perturbations dans l’approvisionnement en eau potable : «Pour les ressources en eau, les rivières, les marigots, les barrages et les nappes phréatiques se rechargent moins, entraînant des difficultés d’approvisionnement en eau potable. Pour les écosystèmes, les zones humides s’assèchent et les espèces perdent leurs habitats. Pour les populations, cela peut inclure une hausse des prix, une insécurité alimentaire accrue et des migrations internes. Paradoxalement, les populations de Conakry peuvent subir simultanément des inondations pendant que celles de la Moyenne-Guinée souffrent d’un déficit hydrique.»

Comment y remédier

Face à la situation préoccupante, Abdoulaye Diallo recommande un renforcement des dispositifs nationaux et internationaux de suivi météorologique, ainsi que des actions concrètes en matière d’adaptation climatique : «Il faut restaurer les forêts par la reforestation, développer une agriculture résiliente avec des variétés résistantes, l’irrigation de proximité et l’agroforesterie. Il faut également mieux gérer les ressources en eau, notamment par la création de petites retenues et la récupération des eaux de pluie.»

L’environnementaliste préconise de renforcer les politiques climatiques «comme la contribution déterminée au niveau national (CDN) et le plan national d’adaptation (PNA). À l’échelle régionale, il faut coopérer avec la CEDEAO et le CILSS et, au niveau international, mobiliser les financements du Fonds vert pour le climat tout en s’alignant sur l’Accord de Paris.»

Même si les spécialistes annoncent une pluviométrie déficitaire pour le moment, ils précisent qu’il n’est pas exclu que les prochains mois enregistrent de fortes précipitations susceptibles de provoquer des inondations dans certaines localités du bled.

Mariama Dalanda Bah