Du colonel au général, accusé dans le massacre du 28 septembre 2029, puis acquitté et promu général par le Président Mamadi Doumbouya, Bienvenu Lamah est nommé inspecteur technique de la Gendarmerie nationale. La promotion suscite une levée de bouclier.
Dans un décret lu à la télévision nationale le 16 août, le chef de l’État a nommé le général de brigade Bienvenu Lamah au poste d’inspecteur technique de la Gendarmerie nationale. Le 3 août, il l’avait élevé au grade de général de brigade.
Le général Bienvenu, ancien commandant du centre de formation militaire de Kaléah, était accusé de complicité « d’abus d’autorité, meurtre, assassinat, viol, coups et blessures volontaires, vol à main armée, enlèvement, séquestration, entrave aux mesures d’assistance aux personnes. » Dans le procès du massacre du 28 septembre 2009, il était jugé en second volet (en instance) par le tribunal criminel de Dixinn depuis décembre dernier, avec plusieurs coaccusés.
Alors que le ministère public avait requis dix ans de réclusion criminelle et que la partie civile plaidait pour la condamnation de Bienvenue Lamah, la juridiction criminelle l’a simplement acquitté, le 27 juillet dernier. Déçue, la partie civile avait interjeté appel de la décision, espérant désormais obtenir la condamnation de l’ancien commandant du centre de formation militaire de Kaléah. La seconde instance est toujours attendue, comme celle également en appel concernant les dossiers du premier volet des évènements du 28 septembre 2009.
Dans cette attente et plein d’espérance des parties, le Président Mamadi Doumbouya, comme il l’avait procédé dans le dossier de l’ancien chef de junte Moussa Dadis Camara (premier volet du procès), a élevé le colonel Bienvenu Lamah à « l’appellation et à la dignité de général de brigade » le 3 août. Cela avait suscité l’indignation notamment des organisations de défense des droits humains en Guinée, puisque le dossier du promu devra être rejugé en appel.
Dans un communiqué conjoint du 13 août, la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’homme et du citoyen (OGDH) et l’Association des victimes, parents et amis du 28 septembre 2009 (AVIPA) ont dénoncé une promotion qui « est fortement regrettable », exhortant les autorités à y renoncer. « Avec cette promotion accordée à l’un des présumés responsables des massacres du 28 septembre 2009, le Président de la République Mamadi Doumbouya a fait le choix de récompenser, avant même la fin de la procédure judiciaire, une personne accusée des faits qualifiés de crimes contre l’humanité. C’est un mauvais signal envoyé à toutes les victimes mais aussi à tous les Guinéens, qui va à l’encontre de l’État de droit et la dignité humaine », déclarait Me Alpha Amadou DS Bah, le président de l’OGDH, en même temps avocat coordinateur du collectif d’avocats des parties civiles.
Sans doute que l’indignation va encore monter chez les défenseurs des droits humains avec le retour aux affaires du général Bienvenu Lamah, consécutive à ses deux promotions par le Président de la république, en moins de deux mois.
Yaya Doumbouya

