La boucherie de Labé est fermée sur décision de la mairie depuis le 16 août. Celle-ci, sidérée par une hausse « injustifiée » du prix du kilogramme de viande, cherche à y mettre de l’ordre.

L’affaire défraie la chronique dans la ville de Karamoko Alfa Mo Labé ces derniers jours. Un conflit entre le collectif des bouchers de la ville et l’administration locale paralyse la boucherie de la ville. Les bouchers, excédés par la décision de la mairie de fixer le prix du kg de viande à 50 000 francs guinéens, ont arrêté de vendre de la viande. La mairie, pour marquer son territoire, ferme l’édifice jusqu’à nouvel ordre. Depuis, ce sont les habitants de la ville qui en font les frais, puisqu’ils n’ont presque pas de viande dans les plats.

Face à la persistance de la crise, le préfet de Labé, a réuni, le 17 août, autorités communales, responsables de la Chambre régionale du commerce, de la Direction préfectorale du commerce, celle de l’agriculture et de l’élevage et surtout représentants des bouchers. La rencontre visait à trouver des pistes pouvant aider à aplanir les divergences autour du prix du kilogramme de viande, aux tracasseries subies par les bouchers lors de l’achat et de l’acheminement des bêtes. Dès l’ouverture de la rencontre, le colonel Mohamed Keïta a tenté de justifier la fermeture de la boucherie : « Les prix commençaient à aller dans tous les sens. Chacun fixant le prix à sa propre guise, les prix sont allés jusqu’à 70 000 francs guinéens, 80 000 francs par endroits. Le maire, ayant constaté cela, a pris une mesure conservatoire en fermant les boucheries, le temps qu’on se retrouve pour essayer de tirer les choses au clair. »

Les bouchers, eux aussi, ont expliqué la hausse du kilogramme de viande par le fait que le prix des bœufs, dans des lieux comme Lélouma, Koubia, Tougué, où ils se ravitaillent, ont explosé. À cela s’ajouterait les tracasseries venant des forces de l’ordre, au moment du transport des animaux. Sans compter la location des places à la boucherie. Ces facteurs les auraient poussés à ignorer le prix fixé par la mairie : « La mairie a fixé ce prix sans tenir compte de nos charges. Nous ne pouvions pas le respecter pour ne pas rouler à perte », explique un boucher.

Le préfet décide donc de couper la poire en deux, en poussant les parties à un compromis : « Résolution a été prise de présenter au gouverneur de la région de Labé une proposition d’un prix du kilogramme à 60 000 francs guinéens. Ce prix pourrait les aider à se tirer d’affaires ; mettre fin aux négociations intermédiaires. »

Pour pérenniser ce prix, s’il est adopté définitivement, une réunion pourrait se tenir prochainement entre le gouverneur et les vendeurs de bétails dans les marchés. Pour le maire de la commune urbaine de Labé, c’est déjà un grand début, même si la boucherie reste pour le moment fermée : « La boucherie est fermée. Nous allons voir le gouverneur par rapport à tous ces points. Je demande aux citoyens de la patience pour qu’on trouve une solution durable à la crise. Les mesures que nous voulons prendre sont dans l’intérêt de tout le monde. »

Le maire, Al-Habib Bah, jure de lutter notamment contre le trafic de places à la boucherie de Labé : « La boucherie appartient à la mairie. Une place vaut seulement 200 000 francs guinéens le mois. Nous apprenons qu’il y en a qui paient jusqu’à un million de francs guinéens par mois. Cet argent ne tombe jamais dans les comptes de la mairie. Nous allons mettre fin à cette pratique… » La crise est loin de finir.

Yacine Diallo