Neuf ans après le glissement meurtrier de 2017, un autre éboulement a fait une trentaine de morts (bilan officiel et provisoire) à la décharge de la Minière. Le film de ce drame de plus, survenu alors que les autorités guinéennes projetaient la fermeture et le transfert du dépotoir d’ordures à ciel ouvert de la capitale Conakry vers la ville riveraine de Coyah.
C’était la consternation et l’incompréhension après le nouvel éboulement de la plus grande décharge d’ordures de Conakry située au quartier Dar-es-Salam. La montagne de détritus s’est écroulée sur les habitations environnantes, suite à une forte pluie, surprenant les habitants dans leur sommeil. Bilan officiel : 31 morts, 6 blessés graves et 16 blessés légers. Très tôt, forces de défense et de sécurité, sapeurs-pompiers et autres secouristes se sont précipités sur les lieux. Ils ont sorti des corps des décombres et secouru des survivants.
Deux bulldozers, deux pelleteuses et de nombreuses ambulances ont été déployés pour la recherche et le transport des corps vers l’Hôpital national de Donka. Toute la journée, des corps ont été sortis des décombres, sous le regard des familles inconsolables. Des corps parfois méconnaissables, défigurés par les ordures. Des jeunes, des femmes, des enfants.
Selon plusieurs témoins, l’éboulement s’est produit en deux temps. Au premier glissement, les appels au secours ont été lancés. De nombreuses personnes ont accouru sur les lieux du sinistre, pour sauver ceux qui étaient coincés dans leurs maisons. Puis, une deuxième vague d’ordures s’est déversée sur les secouristes faisant d’autres victimes.
Les riverains évoquent également des morts par électrocution, à un moment où la capitale guinéenne fait face à des délestages sans précédent. L’incompréhension est d’autant plus grande que de nombreux témoins ont expliqué que tard la nuit du drame, un bulldozer s’activait à compacter les ordures.
Difficilement, Mariama Kaba, mère de six enfants, s’est extirpée de sa maison. Blessée et en pleurs, elle explique qu’un de ses garçons ne cessait de la réveiller pour la prière. A chaque fois, elle lui répondait qu’il n’était pas l’heure. Peu après, elle a entendu un bruit soudain : les ordures venaient de tomber sur la maison. La mère et ses enfants sont restés prisonniers des décombres.
« Je me suis résignée »
Un des garçons a réussi à s’échapper. L’aîné n’a pas eu la même chance. « On m’a dit que Laye, mon fils, était mort ; Tonton Kallo, également décédé. Ainsi, je me suis resignée. Mon fils, le petit frère de Laye, a défoncé la porte avec une barre de fer. J’ai réussi à sortir avec mon bébé et les autres enfants », raconte en sanglots la mère de famille. Ses quatre enfants survivants, blessés, sont alités au Centre hospitalo-universitaire de Donka.

Inconsolable, Mariama Condé a perdu cinq autres proches suite au glissement : trois sœurs, un frère et une cousine. En détresse, elle plaide pour la prise en charge des nombreux orphelins : « Ce sont les ordures qui nous ont tués. Nous demandons [au président] Doumbouya de nous aider. On a une famille nombreuse. Ma cousine, décédée, a laissé 12 enfants ; ma petite sœur, six ».
Pendant ce temps, des tout petits survivants, âgés entre cinq et dix ans, innocents, observent. Visiblement, inconscients du drame qui venait de se produire. Dans la soirée, les sinistrés ont été transportés dans un bus dans une école où ils doivent élire domicile. Provisoirement.
Les recherches se sont poursuivies jusqu’à tard, avec l’espoir de retrouver d’éventuels survivants ou des corps.
Ibn Adama

