Le 21 août, le Prési de la République a limogé, par décret, deux de ses ministres et l’un de ses conseillés. Mamadi Doum-bouillant renvoie Mory Con(.)dé, Mourana Sous-mât et Mahamadou Abdoulaye Diallo pour montrer sa « détermination » à mettre faim à la corruption qui gangrène sa gouvernance. Simple diversion ou réelle volonté d’en finir avec les malversations ?
C’en est fini pour Mory Condé, Mourana Soumah et Mahamadou Abdoulaye Diallo. Jusqu’à un passé tout récent, ils faisaient partie des poids lourds du goubernement. Le premier, ministre de l’Emploi, du Travail et de la Protection sociale, est l’un des rares civils à avoir réussi à s’incruster, dès les premières heures du coup d’État du 5 septembre 2021, dans le cercle restreint du Prési Doum-bouillant. Héritant du puissant département de l’Administration du trottoir et de la Décentralisation. Le costume, certainement trop grand pour lui, il redescend d’un cran pour occuper le poste de ministre de l’Usurbanisme, de l’Habitat.
Le second, lui, est entré au goubernement bien plus tard, avec le portefeuille de l’Économie et des Pitances, avant d’atterrir au mystère de la Communication, de l’Économie numérique et de l’Innovation.
Nos deux minustres viennent d’être remerciés par le Chef de l’État. Mahamadou Abdoulaye Diallo, conseillé à la Présidence chargé de la culture, de l’hôtellerie, du tout-risque, réputé très proche de son patron, lui aussi perd son poste. Pour quelle raison ? Mamadi Doum-bouillant l’explique par une volonté de mettre fin à la corruption: «Contre la corruption, ma main ne tremblera pas. Aucun rang, aucune fonction, aucune proximité ne met quiconque à l’abri de la rigueur républicaine. Les décisions intervenues ce soir au sein de la République en sont la preuve. L’exigence d’exemplarité s’applique à tous, sans exception, à commencer par ceux qui servent à mes côtés.»
Le Chef de l’État, qui jure avoir écourté ses congés pour remettre de l’ordre dans sa maison, punirait ses deux poulains pour servir d’exemple ? Le Doum-bouillant est, en revanche, resté muet sur les fautes des lourdés.
Mory et Cie pour servir d’exemple
Des langues fourchues jurent que ces limogeages ne sont pas une coïncidence. Les ennuis de Mory, Mourana et Mahamadou Abdoulaye auraient commencé il y a quelques jours. Ils auraient multiplié les auditions devant les pandores de Balla le Samouraï du Haut de commandement de la gendarmerie et de la justice militaire.
Des aigris croient savoir que les soucis seraient liés à la construction de la route de la corniche Tombo-Port autonorme de Cona-cris. Cette route de 2,3 kilomètres, aurait coûté un peu plus de 400 milliards de francs glissants ! Une somme énorme pour moins de 3 km.
Le Prési Doum-bouillant aurait humé un parfum de surfacturation dans la passation du marché. Alors, Mourana était ministre de l’Économie, Mory, ministre de l’Habitat, et Mahamadou Abdoulaye, ministre des Infrastructures. Les enquêtes devraient déterminer s’ils ont barboté ou non dans les caisses de l’État.
À ce qu’il paraît, Mamadi Doum-bouillant tient dans cette affaire un nouveau départ de la lutte contre la corruption et les détournements des deniers publics. Un démenti à son ministre secrétaire gênant de la Présidence de la République qui insinuait récemment que les ci-ministres n’avaient pas à se faire des soucis, ils «étaient dans leurs bureaux pour travailler».
Mamadi Doum-bouillant fait tomber deux têtes qui se sont investies corps et âme pour qu’il reste au trône. À voir maintenant s’il réussira à nettoyer autour de lui et à remettre le bled sur les rails.
Yacine Diallo

