Bâti à l’époque coloniale, le Centre hospitalo-universitaire Ignace Deen, déclaré vétuste, sera démoli sous peu par le Génie militaire. Y poussera un autre CHU moderne qui évitera aux malades des évacuations sanitaires, selon les autorités. D’ici-là, le transfert des patients, toubibs et équipements a démarré le 20 août et s’opère dans un climat d’inquiétudes et d’interrogations.

Le 19 août, le mystère de la Santé et de l’Hygiène publique a indiqué dans un communiqué que les services et les activités de l’hosto Ignace Deen seront temporairement transférés au Centre médico-chirurgical des armées du Bataillon d’infanterie du camp Camayenne, ex camp Boiro. « Cette opération constitue une étape indispensable au démarrage des travaux de reconstruction de cet établissement historique. Elle s’inscrit dans la volonté du Gouvernement de moderniser durablement l’offre hospitalière nationale, d’améliorer la qualité et la sécurité des soins et de renforcer les capacités de prise en charge des pathologies complexes en Guinée, afin de réduire le recours aux évacuations sanitaires à l’étranger », indique le doc.

Depuis le 19 août, sur ordre du mystère de notre Santé malade, les hospitalisations, les interventions et les consultations ont été stoppées. Net. Laissant place aux préparatifs du transfert des sévices et patients. « Pendant cette période de transition, les patients nécessitant une prise en charge seront orientés vers d’autres établissements de santé disposant des capacités nécessaires, en fonction de leur état de santé, de leur pathologie et de possibilités d’accueil. À l’issue du transfert, les services du CHU Ignace Deen poursuivront temporairement leurs activités au camp Camayenne jusqu’à l’achèvement des travaux et la mise en service du nouveau CHU », précise le mystère de la Santé et de l’Hygiène publique. Selon le doc, les dispositions nécessaires sont prises pour assurer la continuité et la sécurité des soins des patients déjà hospitalisés. Même qu’un comité de transfert des services du CHU Ignace Deen a été mis en place, dirigé par le secrétaire gênant du département, Mory Keïta.

Les uns à l’hosto, les autres à la maison

Un tour dans le coin hospitalier, encore debout le 21 août, révèle une atmosphère inquiétante chez des patients et leurs familles. De la direction générale à la chirurgie générale ; de la neurologie à la maternité, cadres (en bois), médecins, infirmiers, patients et leurs familles, ainsi que des travailleurs s’activent pour le départ. Dans la matinée, des climatiseurs sont démontés, les appareils médicaux sont inventoriés, les lits, tables, armoires sont sortis des bureaux et salles de soin. Au service de la neurologie, une patiente, soutenue par les siens, sort inquiète. « On nous a demandés de rentrer à la maison. On ne sait pas grand-chose à propos », balance sa sœur, alarmiste.

Assise à l’entrée d’une salle de soin, Fatoumata Barry s’interroge désormais sur le futur traitement de son mari, opéré d’une hernie : « Les médecins nous ont dit de rentrer à la maison, mais mon mari devra se rendre au camp Camayenne, chaque fois, pour suivre le traitement. » Selon des infos, tous les patients en convalescence ou dont l’état de santé ne nécessite plus une hospitalisation ont été priés de rentrer, ils devront toutefois suivre leur traitement à l’hosto. Les malades impotents sont transportés par une dizaine d’ambulances de la protection civile, de l’hosto Ignace Deen, et de l’Hosto de l’Amitié sino-guinéenne, à l’hosto Donka ou au Centre médico-chirurgical des armées du Bataillon d’infanterie du camp Camayenne, où les locaux étaient en train d’être vidés par des bidasses, le 21 août. Mais maints patients ont été transportés à l’hosto de l’Amitié sino-guinéenne de Kipé.

L’inventaire à tout prix

Faute de civières suffisantes, le service d’un fauteuil roulant est payant. Des familles portent leurs malades aux épaules ou au dos pour les déposer dans les ambulances. D’autres, se sentant mieux, marchent à pas de caméléon, parfois sonde en main, vers les ambulances. Une toubib qui a requis anonyme, nous glisse que des bidasses ont débarqué à 9h à Ignace Deen pour démolir les locaux. Vu le nombre élevé de patients et leurs biens à évacuer, le délai a été repoussé. Pour quand ? Allez savoir ! Déjà, le 21 août, deux engins lourds du Génie militaire attendaient dans le coin.

Par ailleurs, chaque patient ou son proche doit lister ses biens et présenter la copie aux pandores qui surveillent la sortie des matériels médicaux de l’hosto et autres équipements. Ils veillent au grain, pour éviter que les biens de l’État, répertoriés, soient confondus avec les biens des particuliers : patients, médecins, aides-soignants, visiteurs. Aucun bien ne sort de l’enceinte sans avoir été inventorié. Même si cela butte à l’urgence de vider les lieux. Selon une source, les biens de l’État resteront sur place, une équipe viendra les chercher.

Au Centre médico-chirurgical des armées du bataillon d’infanterie du camp Camayenne, censé accueillir les malades du CHU d’Ignace Deen, les bidasses ont évacué les lieux vendredi 21 août. Tout comme les patients qui y étaient alités. « Certains services d’Ignace Deen vont être installés ici. Mais rien ne semble prêt. Nous attendons », affirme un toubib généraliste.

Au moins, les bidasses s’activent à libérer vite le coin, pour faire de la place aux patients venus d’Ignace Deen. Déjà, l’endroit avait accueilli les patients quand l’hosto national Donka était en rénovation sous Alpha Grimpeur.

Yaya Doumbouya