Lancée à la fuite de l’éboulement meurtrier du 23 août, la casse des habitations aux alentours de la montagne d’ordures s’est déroulée des jours durant dans cette partie de la commune de Gbessia. L’opération n’est pas appréciée des riverains.

À Dar-es-Salam, les riverains de la décharge de la Minière ont été déplacés avant la montagne d’ordures. Les activités liées au transfert de la décharge et à la valorisation du site sont annoncées en septembre prochain. Les riverains de la montagne d’ordures (en place depuis des décennies) sont déguerpis pour faire place au projet d’aménagement urbain.

Au moins 31 personnes ont péri dans la nuit du 22 au 23 août dans l’effondrement d’un pan du dépotoir. En 2017, un éboulement similaire avait englouti neuf personnes alors qu’un autre était survenu en mars 2019, sans faire de victimes.

Pour fermer le coin et procéder à son aménagement, les autorités guinée-haines ont lancé, le 26 août, le déguerpissement du périmètre. Aux alentours du site, plusieurs habitations et baraques ont été cassées, sous l’œil impuissant des proprios, en larmes. Le lendemain matin, des habitants ont décoiffé leurs logis, arraché des portes et fenêtres avant l’arrivée des pelleteuses. D’aucuns, désemparés, n’ont pris que quelques biens avant que le reste ne soit réduit en gravats.

Aboubacar Cas-marrant, menuisier, n’a pu sauver que quelques meubles de son atelier. En colère, il dénonce le délai court de 72h accordé aux riverains pour évacuer les lieux. Mamoudou Bangoura, sans nouvelle de son ami depuis la nuit du drame, fait des va-et-vient sur les ruines de sa maison démolie. L’air déçu et inquiet, il dénonce une opération « écœurante. Nous avons le cœur serré : après le drame, la casse. On ne devait pas du tout déplacer les riverains, mais plutôt la montagne d’ordures elle-même. Il y a des gens qui ne connaissent que Dar-es-Salam. Désormais, ils n’ont pas où aller. Quand on démolit leur maison, en pleine saison des pluies, où iront-ils ? »

« Reprendre tout à zéro »

Mamadou Safaye Bah embarque des madriers et tôles de la concession familiale sur le toit d’un minibus, tandis que son père et ses frères arrachent portes et fenêtres à l’aide des gros marteaux. Le jeune homme dit être « dépassé » par l’ampleur de la casse. « Mon père s’est battu toute sa vie pour construire cette maison, et en un instant, elle sera réduite à néant. On reprend tout à zéro. » 

De nombreux riverains déplorent une application démesurée des instructions. « Les gens de la commune sont allés au-delà des 150 mètres prévus, pour casser les maisons. On devait laisser 50 mètres de distance. On nous avait dit que les maisons qui étaient de l’autre côté de la route n’étaient pas concernées par le déguerpissement. Nous avons été surpris que la nôtre soit cassée. On a tout fait depuis 2016 pour que l’État déplace la décharge. Aujourd’hui, c’est nous les habitants qu’on déplace », dénonce Mamadou Safaye Bah.

Au total, 1 500 familles déguerpies dont 500 seulement relogées, selon Djénabou Touré, ministre de l’Administration du trottoir et de la décentralisation. Pour l’heure, l’État n’a pas évoqué la question d’indemnisation des victimes de la casse. Toutefois, le 27 août, l’Agence nationale de gestion des urgences et catastrophes humanitaires a enregistré les maisons et leurs occupants.

Malheur des uns, bonheur des autres

M’Mahawa Camara, vieille nounou, a assisté impuissante à la démolition de sa maison. Dans les décombres, elle amasse des morceaux de bois et des feuilles de tôle. En larmes, elle déclare : « Ils ont cassé ma maison, je ne sais pas où aller. Mon mari est malade, nous sommes en difficulté, nous n’avons plus où dormir. Que l’État nous aide ! » Amen !

Sur le site, des nounous, des ados et des marmots fouillent et retournent les gravats pour dénicher des objets réutilisables : tôles, madriers, barres de fer, objets électroménagers, meubles… Nombreux amassent, puis emportent le butin. Cette ambiance fait l’affaire d’une vendeuse de riz au milieu des décombres. Les clients, eux, ne se soucient poing de la puanteur ou des grosses mouches noires provenant de la décharge.

Dans l’après-midi du 27 août, une échauffourée a opposé jeunes et farces de l’ordre. Ils protestent contre le non-respect du délai de 72h accordé pour libérer les lieux, ainsi que l’absence de mesure de relogement.

À la décharge, toutes les activités sont à l’arrêt : débarquement, traitement… Le 20 août, le ministre de l’Assainissement, Aboubacar Cas-marrant, déclarait que les travaux préparatoires et l’installation des infrastructures débuteront en ce mois de septembre, avec pour objectif d’achever la base-vie de l’entreprise. Même que la sécurisation du périmètre de la décharge et l’aménagement des voies nécessaires aux travaux seront menés au même mois. Ainsi, choit-il !

Yaya Doumbouya