Plusieurs bâtiments bordants le marigot de Kakimbo, commune de Ratoma, sont cochés par la Direction nationale de l’aménagement du territoire et de l’urbanisme (DATU). Le 2 septembre, des habitants dont les maisons sont concernées par le marquage dénoncent le fait qu’ils n’ont pas été avertis.

Après l’effondrement de l’immeuble R+9 à Démoudoula (commune de Ratoma) ayant entrainé huit morts et des blessés, le ministère de l’Urbanisme, de l’habitat et de l’aménagement du territoire a durci le ton contre les constructions anarchiques ou dans les zones à risque.

Il y a environ deux semaines, des agents de la DATU (Direction de l’aménagement du territoire et de l’urbanisme) ont coché des centaines de maisons longeant le marigot de Kakimbo. M’Mah Cobily Keita, dont la maison a été marquée, déplore l’absence de préavis : « Nous les avons vu cocher seulement les maisons, sans nous prévenir. Et toute maison cochée sera déguerpie, et nous n’avons pas où aller. Actuellement, avoir une maison en location n’est pas facile à Conakry. »  Elle lance un appel : « Je suis diabétique, presque tous les jours je suis à l’hôpital. Nous voulons au moins qu’ils nous indemnisent. »

Amadou Tidiane Diallo gère la concession de son frère, également dans le viseur de la DATU : « Cela fait pratiquement 22 ans que je suis dans ce quartier, d’autres ont fait 30 ans. Nous avons certains papiers délivrés aussi par le ministère de l’Habitat. » Selon lui, la concession représente beaucoup pour sa famille : « Au moment où tu as les moyens, tu as toutes tes facultés physiques et mentales, tu investis sur quelque chose pour vraiment pouvoir se reposer quand tu n’es plus actif. Voir tout ce que tu as fait dans ta vie être anéanti, c’est difficile ! »

Amadou Tidiane Diallo rappelle que les victimes ont construit devant les responsables du quartier et de l’habitat : « L’État est au courant que nous sommes là depuis des années. »

Des maisons déjà désertées

Sur place, des maisons sont déjà abandonnées, vidées de leurs contenus par les propriétaires. « Des bandits commencent à envoyer des femmes dans les maisons de ceux qui ont quitté. Nous avons peur. Nos enfants, nos sœurs, n’osent même plus se promener ou sortir acheter quelque chose », s’inquiète Amadou Tidiane Diallo.

Sur les rives du marigot, des maisons sont construites. L’eau ruisselle sur certains soubassements. Dans des habitations, des traces de boues d’inondation sont visibles. Amadou Tidiane Diallo se dit conscient du danger auquel les riverains exposés en construisant si près du cours d’eau. « Il y a de risque de construire au bord du marigot, parce qu’il y a des inondations. Nous avons alerté les autorités, qui ont promis de venir draguer le marigot. Mais jusqu’à présent cela n’est pas fait. La construction du pont de Kakimbo a augmenté les inondations dans les maisons. Actuellement, l’eau monte à 2 mètres de hauteur quand ça inonde. Heureusement, nous n’avons pas enregistré de morts. »

L’habitant de conclure : « L’État a fermé les yeux jusqu’à ce que des investissements ont été faits ici, alors il ne faut pas venir dégager les occupants, les jeter à la poubelle comme cela. C’est un difficile. Qu’il nous aide, parce que l’Était est riche. »

Selon nos informations, les maisons cochées devaient être démolies la semaine dernière. Mais l’éboulement à Dar-es-Salam aurait retardé l’échéance. « Toutes les machines sont à la décharge là-bas », confie une source qui a requis l’anonymat.

Souleymane Bah