Durant une longue cinquantaine d’années, la décharge de Dar-es-Salam a pourri la vie des habitants de ce quartier et des quartiers riverains. Des éboulements périodiques et des odeurs nauséabondes et morbides ont rendu éminemment nuisible sa présence en plain centre de la capitale. Elle était devenue complètement anachronique au centre d’un tissu urbain dont les règles de gestion et de planification sont laxistes et donc très peu contraignantes. La promiscuité de la décharge et de l’espace bâti habité, en dépit des règles d’urbanisme, témoigne de ce laxisme juridique.

Il faut dire que les ordures ménagères ne deviennent des danger pour la santé et la vie que lorsqu’elles ne sont pas soumises à des règles rigoureuses de traitement, comme c’est le cas dans nombre de pays sous-développés. La collecte et le stockage des ordures ménagères effectués selon les normes internationales favorisent la constitution des diverses catégories de décharge en fonction des éléments qui les composent (verre, métaux, matières biodégradables). Ce qui facilite ainsi leur traitement et leur emploi.

Certains éléments de récupération intégreront la chaîne de valeurs de production de certains biens intermédiaires industriels; d’autres contribueront à la production et à la fourniture du courant électrique et d’engrais aux populations. La pratique de la production d’électricité à partir des ordures ménagères est bien connue et largement répandue à travers le monde. Associée aux énergies renouvelables (solaire, éolien etc), elle pourrait contribuer à pallier la réduction des énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon), principaux responsables de l’émission des gaz à effet de serre. Il faut simplement procéder au transfert efficace de technologies pour s’en approprier. Transformer les ordures ménagères biodégradables en engrais organiques est un corpus scientifique déjà bien métrisé. Par exemple, on sait déjà depuis longtemps qu’il résulte de la destruction des ordures ménagères par les vers de terre des engrais. A cet effet, il existe même dans certains pays asiatiques des éleveurs professionnels de vers de terre qui vendent le produit de leur élevage à des fabricants d’engrais.

Les ordures ménagères n’ont donc pas que des inconvénients pour les populations qui les produisent. Rationnellement gérées et exploitées, elles ont des avantages pour ces sociétés. Le processus d’aménagement de la nouvelle décharge devra donc se faire à la lumière de toutes les connaissances et techniques liées au traitement des ordures ménagères d’une agglomération urbaine ou rurale.

Abraham Kayoko Doré