Le procès d’Algassimou Diallo s’est ouvert le 4 septembre devant la Basse-Cour suprême. L’ex avocat gênant près cette juridiction est jugé pour « Provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence pour discrimination et association de malfaiteurs.»
Tout s’accélère pour Algassimou Diallo devant la juridiction dans laquelle il servait il y a encore quelques semaines. L’ex robin, auditionné pendant de longues heures deux jours avant, voit déjà son procès s’ouvrir devant les deux chambres réunies de la Basse-Cour suprême.
Mais aussitôt l’audience ouverte par le juge Ibrahima Sory l Tounkara, aussitôt la défense sollicite son renvoi. Elle explique avoir non seulement été tardivement informée de la programmation de la procédure, mais invoque surtout les vacances judiciaires : « La programmation a été portée à notre connaissance, aujourd’hui à 11h 52 minutes. Et n’oubliez pas qu’une décision du bâtonnier
fait défense à toute avocat d’intervenir dans un dossier de fonds, sauf pour les cas d’urgence, pendant les vacances judiciaires», explique maitre Lanceï 3 Doum-bouillant, un des avocats (sans vinaigrette) de l’accusé. Selon lui, la défense a l’obligation de ne pas s’associer à une procédure bâclée : « C’est un dossier criminel qui pourrait ne pas avoir de recours. Nous sollicitons le renvoi, au nom de l’égalité des chances, pour préparer convenablement la defense de monsieur Algassimou Diallo.»
Un argument que ne partage pas du tout le mystère public. Le pro-crieur gênant, Sidy Souleymane Ndiaye estime que la demande est fantaisiste : « C’est une demande superflue, non motivée. Elle est sans motifs pertinents. Le ministère public vous prie de rejeter cette demande et d’ouvrir les débats. »
La réplique du parquet n’a pas été du goût de la défense. Me Murielle Ouindo de renchérir : « Les procédures en matière criminelle ne font pas parties des exceptions pouvant être jugées pendant les vacances judiciaires. Elles ne sont pas du tout autorisées. En matière criminelle, la procédure est déjà biaisé, mais nous la démontrons pendant les débats de fond. »
Le ton monte. La defense rappelle au mystère public qu’il n’a pas la police d’audience : « Si vous le jugez maintenant, quelle image allez-vous renvoyer par rapport à celui qui, il y a deux semaines, était un des vous?» s’interroge Me Almamy Samory Traoré. Mais Sidy Souleymane Ndiaye persiste : «Je n’ai pas la police d’audience, mais je suis la partie indispensable de la procédure pénale. Je maintiens mes observations…Et on me doit courtoisie et respect. Le ministère public n’est pas aussi inhumain pour oublier qui était l’accusé. Je vous révèle qu’il y avait même une grande proximité entre nous. »
Le juge a suspendu l’audience pour statuer sur la demande de la défense. Il a finalement décidé de proroger le délibéré jusqu’au 8 septembre prochain.
Des flics sur le qui-vive ?
Le dossier Algassimou Diallo semble être dune sensibilité sans commune mesure. En dehors du fait que les parties au procès évitent toute communication en dehors de la salle d’audience, les flics qui gardent l’accusé l’empêchent presque d’être en contact avec le monde extérieur. Une altercation a éclaté ce vendredi, dans la salle d’audience, entre le frère de l’accusé et les flics. Ces derniers ont voulu l’éloigner quand celui-ci a tenté d’échanger avec lui :« Quittez là-bas monsieur», lance un flic. « Laissez-le, c’est mon frère», rétorque Algassimou Diallo. «Il me cible depuis le matin. Il ne fait que harceler», réagit le frère de l’accusé. C’est Sidy Souleymane Ndiaye qui calme finalement les choses : « Comment pouvez-vous vous comporter comme ça devant même ses avocats? Tant que l’audience n’est pas reprise, vous le laissez s’entretenir avec qui il veut. D’ailleurs, quand c’est Algassimou Diallo, vous me laissez gérer.» Le flic se ravise finalement.
Yacine Diallo

