Le Centre Hospitalo-Universitaire (CHU) Ignace Deen a été démoli le samedi 29 août, après que ses services ont été transférés dans d’autres hôpitaux de Conakry. Autour de cet Hôpital national de plus de 120 ans d’existence s’était développée une économie informelle. Des hommes et des femmes faisaient le petit commerce pour subvenir aux besoins de leurs familles. Patients, parents de patients, agents de santé et infirmiers achetaient de la nourriture, des biens et services avec eux. Maintenant que les bâtiments ont été rasés, la clientèle est quasi-inexistante.
Assis dans son petit conteneur dans lequel il vend de l’eau, du pain, des bonbons, biscuits et autres marchandises utiles à la communauté, Mamadou Djouldé confie que son revenu a considérablement baissé. Alors que depuis plus de 15 ans ce sexagénaire vendait pour subvenir aux besoins de sa famille. « Vous savez que Ignace Deen est un grand hôpital où les gens venus de partout à travers le pays se soignaient. Ce qui veut dire qu’il y’avait quotidiennement du monde ici. Ils achetaient avec moi, ce qui me permettait de m’occuper de ma famille. Maintenant que l’hôpital a été rasé, les difficultés ont déjà commencé », a indiqué Djouldé qui salue sa reconstruction annoncée et souhaite que cela soit accélérée pour voir ses activités reprendre le plus vite.
Vendeuse de la nourriture depuis plus de 16 ans à proximité d’Ignace Deen, Oumou Barry commence à ressentir l’effet de la démolition. Les agents de santé, les parents de patients ne sont plus là pour acheter le fonio ou le riz qu’elle leur proposait. Désormais, elle attend les clients par hasard : « Mon mari est malade. Nous avons beaucoup d’enfants qui doivent manger et aller à l’école. Je suis obligée de rester ici en attendant d’avoir une autre place ».
Fanta Souaré, sexagénaire affirme avoir passé presque toute sa vie à proximité du CHU Ignace Deen où elle habite et en même temps fait son petit commerce. Le déplacement de l’hôpital même provisoire aura un impacte considérable sur son revenu. Elle qui vend du pain au haricot, de la boisson gingembre, bissap ou encore du jus de fruit et énergétique voit ses principaux clients s’éloigner d’elle. « J’ai nourri et éduquer tous mes enfants dans cette activité », explique cette maman en parlant de ses enfants âgés d’entre 20 ans à 35 ans, le plus petit ayant 15 ans. Et de renchérir : « Nous nous sommes toujours débrouillés pour nous occuper d’eux, nous n’avons pas assez de moyens. Nous demandons de l’aide aux autorités ».
Mariam Sidibé quant à elle regrette le départ des potentiels clients, mais salue la démolition des bâtiments qui étaient vétustes et demande aux autorités d’accélérer la reconstruction de l’hôpital.
Mamadou Adama

