Le Président de la République s’est rendu en Côte-d’Ivoire le 11 septembre, dans le cadre d’une « visite d’Etat et de coopération. » Le dirigeant guinéen a évoqué, entre autres, avec son homologue ivoirien, Alassane Ouattara, des questions liées à l’économie, à la sécurité et à la stabilité dans la région. 

Mamadi Doumbouya a quitté Conakry dans l’après-midi du vendredi 11 septembre, presque dans la sobriété, contrairement à ses sorties précédentes. Tout le contraire de son arrivée à Abidjan où il a été accueilli tambour battant. Le Président guinéen, vêtu d’un boubou aux couleurs nationales, s’est offert un bain de foule à sa descente d’avion. Des Guinéens résidant en Côte-d’Ivoire, dont certains ont fait le déplacement depuis Conakry, à l’image des propagandistes du pouvoir Doumbouya, Fodé Kolipé Soumah et ses fidèles notamment, scandaient son nom. Le Chef de l’Etat n’a pas boudé son plaisir. Côté ivoirien cependant, les autorités semblaient occupées par autre chose. Aucune annonce officielle de la visite de Mamadi Doumbouya sur la présidence ivoirienne. Cette dernière s’est contentée d’annoncer, le lendemain, au moment de publier l’agenda du Chef d’Etat, un simple entretien entre les deux Présidents.

À l’issue de la rencontre, Alassane Ouattara et son homologue guinéen se sont présentés devant la presse pour un petit compte-rendu. Le Président ivoirien s’est contenté d’introduire Mamadi Doumbouya, qui par contre, a été loquace.     

Coopération économique et commerciale, sécurité, lutte contre la criminalité transfrontalière et formation, ont été les principaux axes évoqués à l’occasion de cette visite officielle : « Les relations entre la République de Guinée et la République de Côte-d’Ivoire sont pragmatiques et portées par une volonté politique partagée de renforcer notre coopération économique, commerciale, sécuritaire et dans le domaine de la formation », a déclaré le Chef de l’État guinéen.

Au-delà des déclarations d’intention, Conakry souhaite donner un contenu concret à cette coopération. Le Président guinéen a notamment souhaité que les deux pays mettent en place une commission mixte censée examiner des dossiers comme la lutte contre l’orpaillage clandestin.

Mamadi Doumbouya a insisté également sur la nécessité d’une meilleure coordination face aux menaces qui affectent l’espace ouest-africain : « Cher grand frère, comme vous, je suis convaincu qu’il n’y a pas de développement sans paix ni stabilité. » Et de rappeler que l’Afrique de l’Ouest est confrontée à « des défis sécuritaires de toutes natures ». Le président Doumbouya se dit disposé à renforcer la coopération opérationnelle avec Abidjan, notamment à travers l’échange de renseignements, la lutte contre la criminalité transfrontalière et le terrorisme.

Des échanges commerciaux encore en deçà du potentiel

L’autre priorité concerne les relations économiques. Malgré une progression des échanges commerciaux, ceux-ci restent, selon le Président guinéen, insuffisants au regard du potentiel des deux économies : « Nos échanges commerciaux, malgré leur progression, ne reflètent pas encore la nature de nos relations ». Conakry entend ainsi miser sur la complémentarité des deux économies. La Guinée dispose d’importantes ressources minières et agricoles, avec notamment le fer de Simandou, la bauxite, des projets de raffineries d’alumine et d’importantes capacités dans le secteur aurifère.

La Guinée entend également valoriser son potentiel agricole. Cette complémentarité pourrait ouvrir de nouvelles perspectives aux opérateurs économiques des deux pays, aussi bien dans les échanges commerciaux que dans les infrastructures, l’agriculture, l’industrie et les transports.

Le développement des infrastructures routières figure parmi les dossiers évoqués. Le chef de l’État guinéen a rappelé l’engagement pris avec son homologue ivoirien de faire avancer le projet routier du côté de Lola, dans le sud-est de la Guinée, une zone stratégique pour les échanges avec la Côte d’Ivoire.

Pour Conakry comme pour Abidjan, l’enjeu est désormais de transformer cette proximité géographique et cette volonté politique en projets concrets.

Yacine Diallo