L’intersyndicale de l’éducation exige le respect du protocole d’accord de janvier dernier. Il menace de relancer la grève, si ses revendications ne sont pas satisfaites. Le gouvernement aspire à une réouverture des classes apaisée. Il convoque les syndicalistes à une audience le 24 septembre, histoire d’éviter une paralysie dans le secteur éducatif en début d’année scolaire.
À la faveur d’une conférence lundi 21 septembre à Conakry, le Syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée (SLECG), le Syndicat national de l’éducation (SNE) et la Fédération syndicale professionnelle de l’éducation (FSPE), réunis au sein de l’intersyndicale de l’éducation, ont dénoncé l’inapplication de certains points du protocole d’accord signé le 3 janvier 2026. Il s’agit notamment de l’article 7 qui prévoit l’engagement direct des enseignants contractuels ayant obtenu la moyenne lors du dernier concours à la Fonction publique.
Le gouvernement a lancé le recrutement de 6 000 enseignants le 21 septembre, l’intersyndicale de l’éducation exige l’engagement des 4 500 enseignants contractuels communaux, recalés lors du précédent concours. Aboubacar Soumah, le président du SLECG, déclare que «leurs droits sont en train d’être violés, nous ne pouvons pas baisser les bras par rapport à cette situation. Cette violation est de nature à compromettre le protocole d’accord dont est signataire le ministre de la Fonction publique Faya François Bourouno. Le recrutement lancé fait fi des points indiqués dans le protocole d’accord ; donc c’est notre droit de répondre à cette préoccupation.»
Pour éviter toute crise, l’intersyndicale exige aussi le déblocage des salaires des enseignants contractuels, la régularisation du cas des enseignants recyclés dans les écoles normales d’instituteurs pour un changement de grade, l’engagement des enseignants contractuels à la Fonction publique, la finalisation et la signature avant la rentrée du Statut particulier de l’éducation (dont la commission est en train de travailler depuis plus de quatre mois sans résultats), ainsi que l’application des primes de fonction en faveur des hauts responsables de l’éducation. «Si le gouvernement ne respecte pas ces revendications avant l’ouverture des classes, il n’y aura pas de rentrée apaisée le 5 octobre prochain», prévient Aboubacar Soumah.
Déception, surprise
Kadiatou Bah, la secrétaire générale du SLECG, a exprimé «le désagrément, la déception et la surprise» de ses collègues face à la «violation flagrante» du protocole d’accord signé le 3 janvier dernier, après «des semaines sans sommeil, sans repos».
Elle rappelle que l’article 7 du protocole signé indique que les enseignants évalués et ayant obtenu la moyenne seront mis en priorité au prochain engagement à la Fonction publique. «Engagement n’est pas concours. Les enseignants communaux ont franchi toutes les étapes : recensement, biométrie, concours en pratique de classe. Il est bien précisé que les enseignants contractuels de la zone de Conakry, conformément au protocole du 2 décembre 2025, sont invités à se préparer pour les prochains concours en pratique de classe, et pour l’engagement, ils seront prioritaires pour ce concours. Aujourd’hui, à notre grand étonnement, on nous dit que les inscriptions pour le concours ont été commencées. Mais on met où les enseignants contractuels de Conakry ?», s’interroge Kadiatou Bah.
La secrétaire générale du SLECG se félicite cependant des «avancées significatives» dans le cadre de l’application dudit protocole : augmentation des primes de préparation et celles de logement.
Pas d’opposition à un concours, mais…
Michel Pépé Balamou, le secrétaire général du SNE, précise que l’intersyndicale de l’Éducation n’est pas opposée à l’organisation d’un concours, mais exhorte au respect du protocole d’accord de janvier dernier.
«En 2024, 14 500 enseignants contractuels communaux ont été identifiés, recensés, biométrisés et soumis à l’évaluation en pratique de classe. 10 000 ont été retenus, 4 500 recalés, pas parce qu’ils n’ont pas eu la moyenne, mais parce qu’il y avait une répartition proportionnelle zonale en fonction des besoins de chaque préfecture. Ce qui a fait que les 4 500 enseignants n’ont pas été retenus ; parmi eux, ce sont 60 enseignants qui n’ont pas eu la moyenne. Donc, il n’est pas question que les 4 500 enseignants reprennent le concours en pratique de classe», peste-t-il. Selon lui, désormais doivent être prioritaires dans le recrutement à l’enseignement, les candidats issus de l’ISSEG et des ENI. Même que le recrutement doit se faire de façon zonale et selon les besoins. «Il faut la professionnalisation de l’éducation», martèle Pépé Balamou.
Son collègue de la FSPE, Algassimou Barry, exhorte à la mobilisation et rappelle que la grève de décembre 2025 n’est que suspendue. Elle pourrait être relancée, «si nos revendications n’ont pas été prises en compte. L’enseignant guinéen vit dans une situation précaire, nous n’avons aucune considération. Mais nous allons prendre notre destin en main, car nous constituons la crème de la nation», a-t-il martelé.
Le gouvernement tempère
Après la menace de grève brandie par les syndicalistes, le gouvernement sort du bois. Faya François Bourouno, le ministre de la Fonction publique et porte-parole du gouvernement, a répondu à la demande d’audience de l’intersyndicale de l’éducation formulée le 7 septembre. Le 21 septembre, dans un courrier adressé aux secrétaires généraux de la FSPE, du SNE, du SLECG et du SNEFA, le ministre Bourouno annonce à l’intersyndicale de l’Education qu’une rencontre est programmée le 24 septembre, à 11h, dans la salle de réunion de son département. Le porte-parole du gouvernement indique avoir reçu leur demande d’audience datée du 7 septembre 2026, pour échanger sur des préoccupations relatives au personnel enseignant. Le département exhorte l’intersyndicale à bien vouloir associer les autres structures syndicales de l’éducation à cette rencontre, afin de trouver des solutions inclusives et consensuelles.
Yaya Doumbouya

