Le 23 septembre, le Prési de la roue-publique devait prendre la parole à la tribune des Nations unies, dans le cadre de la 81e session de l’Assemblée générale de l’ONU. Ce qui devait être une simple formalité pour le chef de l’État s’est révélé beaucoup plus compliqué. Le Prési Doum-bouillant et sa délégation ont fait face à la furie d’une partie de la diaspora guinée-haine au pays de l’Oncle Sam.

Trois ans après son premier passage à la tribune des Nations unies, Mamadi Doumbouya est revenu à New York. Cette fois-ci, avec un laïus consacré à la trajectoire de la Guinée et à sa conception de la gouvernance. «Il y a trois ans, depuis cette même tribune, j’avais tenu… un discours de vérité», a-t-il rappelé, avant de dresser le constat selon lequel «le modèle de gouvernance importé, sans adaptation, sur notre continent» peine à répondre aux attentes des populations.

Mais le chef de l’État affirme être venu «non pour dénoncer, mais pour partager quelques éléments factuels» sur le chemin emprunté par la Guinée. Son principal argumentaire : la nouvelle Constitution. Le Doum-bouillant la dit non «calquée sur un modèle extérieur», mais «façonnée par le peuple guinéen lui-même, discutée, amendée et adoptée par voie référendaire». Il a également vanté la représentation des terroirs et des communautés, la pluralité culturelle et linguistique ainsi que la gouvernance participative. Le Prési de la roue-publique a ensuite revendiqué l’organisation de l’ensemble du cycle électoral ainsi que le financement des institutions qui en découlent par le Trésor public. «Un pays africain peut organiser, seul, sur ses propres ressources, des élections crédibles, apaisées et acceptées de tous.»

Pour des modèles adaptés à l’Afrique

Doum-bouillant a dressé la liste de ses réalisations en moins de trois ans : plus de 1 000 kilomètres de routes bitumées, des écoles et des hôpitaux, des projets de raffineries d’alumine et une raffinerie d’or, mais surtout le mégaprojet Simandou. Simandou 2040 ? «Il ne s’agit pas seulement d’un projet minier, mais d’un véritable levier stratégique», censé accélérer les investissements dans les infrastructures, l’agriculture, l’énergie, l’éducation, la santé et l’industrie.

Pour le Doum-bouillant, «lorsque les modèles de gouvernance sont adaptés aux réalités historiques, sociales et culturelles de chaque nation, plutôt qu’importés sans discernement, le développement s’accélère». Il cite l’exemple de certains pays d’Asie et du Proche-Orient qui, selon lui, ont adapté les expériences internationales à leur «génie national». Il plaide pour un partenariat international «respectueux de la souveraineté de chaque nation» et fondé sur une «co-construction gagnant-gagnant». «La République de Guinée avance», conclut Mamadi Doum-bouillant, affirmant que le bled entend le faire «avec ses propres moyens, sur la base de ses propres choix, au service de son propre peuple», tout en restant ouvert à la coopération internationale et au respect du droit international.

La déferlante à New York

Le safari du Doum-bouillant s’annonçait comme une promenade de santé. Ses lieutenants pensaient avoir fait ce qu’il fallait en s’y rendant plusieurs jours auparavant, avec une horde de propagandistes, vlogueurs, artistes et autres communicants, acquis à la cause du pourboire Doum-bouillant. Une façon de baliser le chemin pour le Chef de l’État.

Mamadi Condé, alias Madic sans frontières, Fodé Fékangni, Timou Haïdara, Kobakè, Kader Yomba et consorts juraient de réaliser, en faveur de Mamadi Doum-bouillant, une mobilisation sans précédent. Mal leur en a pris. Des opposants, réunis au sein du FNDC et des Forces vives, leur ont fait vivre, à eux et au reste de la délégation, un véritable enfer les 23 et 24 septembre. Des Guinéens de la diaspora, opposés à la gouvernance du Doum-bouillant et décidés à faire entendre leur voix à la délégation guinée-haine, ont convergé par milliers vers la place Dag Hammarskjöld.

Qui brandissaient des pancartes dans lesquelles on pouvait lire : «Liberté pour Foniké Menguè et tous les prisonniers politiques.» Qui proféraient des slogans hostiles à Mamadi Doum-bouillant. Tous réclamaient notamment la libération des prisonniers politiques et des personnes portées disparues. Les manifestants, furieux, ont localisé et bloqué la délégation guinée-haine dans son hôtel. Le laïus du Prési à la tribune des Nations unies a été retardé de plus d’une heure. La ville de New York a renforcé la sécurité autour de l’hôtel du chef de l’État et a dû exfiltrer ce dernier.

Mori-sans-dent Kouyaté, Nanard Goumou et d’autres ministres ont également dû être escortés pour pouvoir sortir de l’hôtel : «Vous ne pouvez pas faire disparaître des gens, emprisonner d’autres en Guinée et venir faire la fête tranquillement ici. On ne vous le permettra pas», clame un manifestant. Invectivés, pourchassés, acculés, les pro-Doum-bouillant, pourtant reconnaissables à leurs t-shirts et casquettes à son effigie, mais aussi au drapeau guinéen qu’ils brandissaient, n’ont presque pas pu mobiliser.

Le lendemain, les opposants ont continué à les traquer dans les différents hôtels de New York afin de les empêcher de communier avec le Prési Doum-bouillant. Le lieu de la rencontre a été changé à plusieurs reprises, mais les anti-Doum-bouillant les ont toujours retrouvés et bloqués. Le chef de l’État a donc regagné Cona-cris sans avoir réellement eu la possibilité de rencontrer la diaspora guinéenne aux États-Inouïs.

La mésaventure du Doum-bouillant et de sa délégation a fait les choux gras de la toile. À Cona-cris, des partisans du pourboire ont exprimé leur ras-le-bol face à ce qu’il est arrivé à leur mentor à New York. Ousmane, l’ex-Gawa de l’UFDG, Alpha Boubacar, ancien de l’UFDG, le dépité Alhoussény Makanéra Kaké et bien d’autres dénoncent une « atteinte à l’image du pays ». Woïka !

Yacine Diallo