Le vendredi 25 septembre 2026, Sidya Touré que votre satirique appelait affectueusement le Sid de l’UFR, a tiré sa révérence, à Paris, à l’Hôpital américain. L’homme fait partie des politiques de notoriété ayant marqué de leur empreinte le paysage politique guinéen des 30 dernières années.

Après ses études secondaires au lycée classique et moderne de Donka, le jeune Sidya Touré part en Côte d’Ivoire, s’inscrit à l’université d’Abidjan, en études de droit. À Paris, il se spécialise en finance, notamment dans le domaine du trésor. Il retourne en Côte d’Ivoire où son esprit pragmatique et sa vision perspicace lui ouvrent une brillante carrière administrative. Au ministère du Commerce, il occupe le poste de directeur général du commerce extérieur.

Ses qualités managériales, son ardeur au travail, son efficacité forcent l’admiration et l’amitié du chef du département, M. Séry Gnonléba qui le recommande à Alassane Dramane Ouattara, Premier ministre du Président Félix Houphouët Boigny. Le Premier ministre découvre un jeune cadre intelligent, compétent, bosseur dont la large ouverture d’esprit lui permet d’entretenir de saines et conviviales relations de travail avec des collaborateurs de profil et d’origine sociale divers. Sa discrétion et son sens élevé de l’État ne lui échappent pas non plus. Ces qualités le séduisent.

Appelé par le Président Houphouët au chevet de la Côte d’Ivoire en plein marasme économique, Alassane Dramane Ouattara découvre en Sidya Touré le collaborateur idéal qui, sans être la panacée, n’est pas non plus un vulgaire adjuvant. Il le désigne ministre directeur de cabinet de la Primature. Ce sacerdoce place évidemment Sidya Touré au cœur du dispositif administratif mais aussi et surtout au centre de décisions du pouvoir. À ce poste, il bénéficie d’une expérience d’homme de dossiers et de fin connaisseur des rouages de l’administration publique. Il acquiert, aux côtés de son mentor ADO, la carrure d’un homme d’État.

Sidya Touré, rentré en Guinée, est nommé, en 1996, Premier ministre par le Président Lansana Conté. Son vécu professionnel et politique ivoirien constitue un atout inestimable pour l’exercice de sa nouvelle charge. Il introduit des innovations dans la gouvernance stratégique de l’État tels que la notion de la vision prospective. Lors d’un séminaire gouvernemental à Dalaba, « Guinée vision 2015 est élaboré ». Aussi, au niveau tactique, son gouvernement initie des mesures qui visent la gouvernance vertueuse (assainissement du fichier de la fonction publique, mise en place d’un comité de trésorerie, gestion plus orthodoxe du parc automobile administratif, gestion rationnelle d’EDG. Excusez du peu !)

Ces bons résultats font ombrage à certains cadres qui grouillent autour du prési Fory Coco. Ces cadres (en bois) organisent la riposte et convainquent le Prési que l’aura du Premier ministre est un danger existentiel pour son régime. Il n’en fallait pas plus pour que le général Fory Coco limoge le Sid Touré. Libre, l’ancien premier ministre prend en mains l’Union des Forces Républicaines en apnée. Qu’il revigore et en fait la troisième force du politique du pays pendant trois décennies au cours desquelles il se présente, à deux reprises, sans succès, à l’élection présidentielle (2010 et 2015).

Sidya Touré, né en 1945, laisse de lui l’image d’un technocrate, compétent, efficace et rigoureux.

Abraham Kayoko Doré