Le 28 septembre, le Premier ministre s’est rendu à Hamdallaye-CBG, pour présenter ses condoléances à la famille de Sidya Touré, décédé à Paris le 25 septembre. Amadou Oury Bah en a profité pour réitérer le souhait des autorités guinéennes de rapatrier la dépouille de l’ancien PM pour l’enterrer en Guinée. Un message sincère ou une simple volonté de récupération politique ?

Depuis l’annonce du décès de Sidya Touré en France, les hommages affluent. Leaders politiques, cadres de l’administration, acteurs de la société civile et simples citoyens témoignent de l’intégrité du défunt et de son rôle dans l’histoire politique du pays, notamment son action en faveur de l’électrification de Conakry lorsqu’il a été Premier ministre de 1996 à 1999.

Les autorités guinéennes n’ont pas voulu rester en marge de cet élan. Des membres du gouvernement et de la Primature ont rendu hommage à celui qui fut candidat à l’élection présidentielle en 2010 et en 2015. Lundi après-midi 28 septembre, le Premier ministre en personne, Amadou Oury Bah s’est rendu dans la famille du défunt pour présenter les condoléances de son gouvernement et du Président de la République, Mamadi Doumbouya : « Le Président de la République est particulièrement attristé par la disparition de l’ancien Premier ministre de la République de Guinée, Monsieur Sidya Touré. Depuis ce jour-là, nous sommes en contact avec les responsables proches de Sidya Touré. Nous sommes aussi en contact avec le fils aîné du défunt, et hier [dimanche 27 septembre] nous avons conversé avec Madame Touré », a déclaré Bah Oury.

Rapatrier la dépouille pour se racheter ?

La sortie du Premier ministre s’inscrit dans la communication officielle déployée depuis l’annonce du décès. Les autorités guinéennes cherchent à afficher leur disponibilité et, surtout, leur volonté de faire revenir la dépouille de Sidya Touré en Guinée, afin de lui rendre hommage. Mais cette sollicitude posthume ne manque pas de susciter des interrogations au regard des relations particulièrement tendues qu’entretenaient les autorités avec l’ancien PM ces dernières années. Très vite, Bah Oury a glissé vers la question des obsèques : « Le Président de la République a indiqué que l’ancien Premier ministre est citoyen de la République de Guinée. Nous ne pouvons pas aller au-delà des vœux de la famille. Elle est totalement libre, mais bien entendu, nos vœux, c’est que celui qui a voulu diriger la Guinée puisse reposer en Guinée. »

Le Premier ministre Amadou Oury Bah, présentant les condoléances du chef de l’Etat et du gouvernement à la famille du défunt à Conakry le 28 septembre 2026

À entendre Bah Oury, on pourrait presque oublier les différends qui ont opposé Sidya Touré aux autorités guinéennes. L’ancien Premier ministre avait notamment quitté le pays après le conflit autour de son domicile de La Minière, dont il contestait la récupération par l’État. Malgré ses explications sur les conditions dans lesquelles il avait acquis cette demeure, les autorités avaient attribué le bien à une structure de l’État, alors que la procédure judiciaire était encore pendante. La justice a par la suite invalidé les titres d’attribution de la propriété. Comme si cela ne suffisait pas, l’Union des forces républicaines (UFR), le parti politique que Sidya avait dirigé depuis l’aube des années 2000, a été dissous par les autorités, officiellement pour « non-respect des obligations légales et administratives encadrant le fonctionnement des partis politiques ».

Sidya Touré avait également quitté la Côte-d’Ivoire et séjournait en France pour des raisons de santé. Selon ses proches, il a dû recourir à un passeport ivoirien, faute de disposer d’un passeport guinéen. Dans ce contexte, la décision de la famille de faire inhumer Sidya Touré en Côte d’Ivoire, pays qui lui avait ouvert ses portes et l’avait accueilli durant son exil, n’a rien de surprenant. Plutôt que de multiplier les appels au rapatriement de la dépouille au nom de sa qualité de citoyen guinéen, le Premier ministre Amadou Oury Bah devrait peut-être commencer par expliquer aux Guinéens dans quelles circonstances Sidya Touré s’est retrouvé privé de son passeport ordinaire.

La Rédaction