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Le procès du système éducatif guinéen ne date pas d’aujourd’hui, il remonte au temps du premier régime. La révolution avait en effet réduit l’école en un organe insignifiant dans l’organisation et le fonctionnement de l’Etat.

Les réceptions, défilés, compétitions artistiques et sportives et autres productions agricoles avaient largement supplanté le sérieux à accorder à la pratique de classe et aux examens de fin d’année. L’enseignement de masse en vigueur favorisait la médiocrité en faisant passer en classes supérieures à 100% les bons et les mauvais élèves. La fonction enseignante était tombée dans une totale dérision. Une anecdote le prouve à suffisance : lorsqu’un fonctionnaire déclinait sa qualité d’enseignant, les gens riaient sous cape en se disant : « Il ne fait donc rien ».

Mais le clou de la décadence de l’école est arrivé par l’adoption de l’enseignement en langues nationales, toujours sous Sékou Touré. Certes l’idéal de souveraineté culturelle est louable, mais la pratique a été très mal enclenchée, beaucoup de promotions n’ayant appris la langue française qu’à partir du collège. Ces promotions mal préparées à l’usage du français servent aujourd’hui dans tous les secteurs de l’administration publique et privée, notamment dans l’enseignement. Que peuvent-elles donner comme savoir ? Rien de bon.

On sait de tous temps qu’un dictateur est allergique à la critique de son régime. Il faut donc être un téméraire ou un fou pour oser dire haut ce que tout le monde pense bas. C’est le cas d’un certain L. Holié, alors ministre de l’Éducation, qui a affirmé en Conseil national de la révolution : «Notre État sécrète et entretient un enseignement au rabais, j’en veux pour preuve….» Il n’en fallait pas plus que Sékou Touré s’agite dans son fauteuil en criant : «Au rabais par rapport à quoi, hein, par rapport à quoi ? »

Le limogeage du téméraire n’était plus qu’une question d’heure et heureux pour lui si la sanction ne se limitait qu’à cela. Pour Sékou Touré, la révolution pratiquait le meilleur enseignement qui soit au regard de ce qui se faisait ailleurs.

Après la mort de Sékou et de sa révolution, plusieurs réformes de l’éducation ont été mises en œuvre au fil des décennies, mais pour quels résultats ? On continue de se plaindre des effectifs insuffisants d’enseignants, de l’incompétence professionnelle de nombre d’entre eux, des recettes pédagogiques hasardeuses, enfin du niveau de plus en plus bas des apprenants.

Comment inverser la tendance et sortir notre système éducatif du gouffre de la médiocrité ? Voilà un challenge pour tous les Guinéens, les acteurs de l’éducation en priorité. Je suis particulièrement peiné de voir des générations entières d’élèves et d’étudiants incapables de parler et d’écrire correctement en français. C’est pourtant notre langue de travail et notre langue de communication avec le monde. Dommage !

Walaoulou Bilivogui