Décédé le 25 septembre à Paris, à l’âge de 81 ans, l’ancien Premier ministre guinéen Sidya Touré a été inhumé jeudi 8 octobre à Abidjan, en Côte d’Ivoire. À la Grande Mosquée de la Riviera Golf, famille, proches, acteurs politiques guinéens et autorités ivoiriennes ont convergé pour lui rendre un dernier hommage. Un moment chargé d’émotion et de souvenirs.
La cérémonie funéraire s’est déroulée le jeudi 8 octobre à la Grande Mosquée de la Riviera Golf, à Abidjan. Levée du corps à l’esplanade de la mosquée et prière mortuaire, le dernier hommage a réuni plusieurs figures politiques guinéennes, des membres de la famille du défunt ainsi que des personnalités ivoiriennes.

Parmi les Guinéens présents figuraient la Petite Cellule Dalein Diallo, prési de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), Lansana Kou-raté, prési du Parti de l’espoir pour le développement national, les ex-ministres et politicards Papa le Colis Kourouma, Abdoulaye Yéro Ta-Baldé et Ousmane Kabako. Des responsables de l’Union des forces républicaines (UFR), le parti dirigé par Sidya Touré, ont également répondu présents.
La Côte d’Ivoire, pays où l’ancien Premier ministre guinéen a vécu une partie de son exil et exercé des responsabilités, était aussi représentée par des autorités gouvernementales et institutionnelles.
« Un garçon brillant »
Les hommages ont été l’occasion de rappeler le parcours politique du défunt et les liens tissés avec ses compagnons de lutte. Dans des propos recueillis à Abidjan par Abdoul Aziz Diallo, correspondant de Radio France internationale (RFI), la Petite Cellule Dalein Diallo a salué la mémoire d’un homme dont il partageait les combats depuis plusieurs décennies. « Sidya Touré était un garçon brillant qui avait accumulé une riche expérience dans l’administration ivoirienne et qui avait voulu la mettre à la disposition de la Guinée », a-t-il déclaré.

Le prési de l’UFDG a notamment rappelé l’engagement de l’ancien Premier ministre en faveur des réformes et du développement de la Guinée durant son passage à la tête du goubernement (1996-1999) sous l’ère Fory Coco. Les deux hommes ont par ailleurs partagé plusieurs épisodes de la vie politique nationale, notamment leur opposition au troisième mandat d’Alpha Grimpeur.
L’ancien Premier ministre Lansana Kou-raté a, lui aussi, évoqué les épreuves traversées aux côtés du défunt : au cours d’une manif à Cona-cris du temps d’Alpha Grimpeur, leur voiture blindée a essuyé des tirs. Kou-raté a souligné la douleur que provoque la disparition d’une personne avec laquelle on a frôlé la mort : « Quand vous avez partagé cela avec quelqu’un, son départ vous peine. »
Au-delà de son parcours politique, les témoignages ont également mis en lumière l’attachement du Sid de l’UFR à la Guinée, malgré les années passées en Côte d’Ivoire. Pour Faux-dé Baldé, ancien responsable de la com numérique de l’UFR, le parcours défunt ressemble à « une symphonie inachevée ». Selon lui, Sidya espérait retourner dans son pays et demeurait attaché aux populations rurales ainsi qu’à la mémoire de ses parents.
Une passerelle entre deux pays
Un autre hommage, celui d’Ally Coulibaly, grand chancelier de l’Ordre national de la Côte d’Ivoire. Dans ce témoignage, l’ancien journaleux ivoirien décrit un homme qui considérait la vie comme un passage et qui n’a jamais cessé de se sentir profondément guinéen, malgré son éloignement du bled. « Il n’a jamais voulu être une barrière entre nos deux pays. Il a toujours voulu être une passerelle », peut-on lire dans une publication sur le réseau social Facebook de l’activiste et exilé guinéen Sékou Koundouno.
Ces mots résument la place particulière qu’occupait Sidya Touré entre les deux pays, une personnalité politique guinéenne dont l’histoire personnelle et professionnelle s’est aussi écrite en Côte d’Ivoire.

Le doyen des imams de Guinée, El Hadj Mansour Fadiga, a également salué l’accueil et l’organisation des obsèques par les autorités ivoiriennes. Il a exprimé sa reconnaissance envers le pays qui a accueilli le défunt durant une partie de sa vie.
À Abidjan, Sidya Touré a ainsi rejoint sa dernière demeure, loin de la Guinée qu’il espérait retrouver. Il laisse derrière lui une histoire politique marquée par des alliances, des épreuves et un attachement à sa patrie que ses proches et compagnons de route continuent de rappeler.
Aïssatou Bah, depuis Abidjan

