Marchander la mort des patients est une pratique courante dans nos hôpitaux et centres de santé comme dans beaucoup d’autres pays pauvres. La soif du gain facile suscitée par la vulnérabilité permanente des citoyens explique cela, il n’y a pas de place pour les sentiments ou la morale.

Mon oncle, octogénaire, a souffert longtemps de tension artérielle et de diabète. Son mal s’est aggravé début juin 2024 par la paralysie et l’enfilement d’une jambe, il a perdu le sommeil des nuits entières. La famille l’a emmené dans le centre de santé le plus proche, juste une nuit et le médecin a décidé de le référer au CHU Donka. Là, les examens et premiers soins sont effectués pour un coût de 2 000 000 de francs guinéens en 24h. En ce moment, l’hôpital était en rénovation-gestion, sous contrat avec une société canadienne. Les services n’étaient pas encore intégrés, ils se trouvaient sous administration guinéenne au camp Camayenne. Un médecin a alors approché la famille et lui a proposé ceci : « Vous vous rendez compte certainement que Donka sous contrat pratique des coûts hors de portée du Guinéen lambda. Je suis prêt à vous aider, si vous transférez le malade à mon cabinet au camp Camayenne. Nous offrons les mêmes soins avec des coûts abordables ». La famille ne s’est pas fait prier pour accepter le transfert.

Au camp, le médecin a validé le diagnostic établi à Donka, décidé d’opérer en urgence la jambe enflée. Il a présenté une facture de 17 000 000 de francs guinéens qu’il a accepté de réduire à 15 000 000 après les supplications de la famille. Les enfants du patient appuyés par quelques bonnes volontés se sont bousculés pour réunir le montant.

L’opération a été programmée une nuit en quatrième position par rapport à trois cas dont les préparatifs étaient terminés. Le chirurgien a fait signer une autorisation d’opérer par un membre de la famille. Il faisait tard, tout le monde est rentré à l’exception de l’épouse du malade et du signataire de l’autorisation qui ont promis annoncer aussitôt que possible les résultats issus du bloc opératoire.

Dès les premières heures du matin, le téléphone a sonné, annonçant que l’opération n’a pas réussi, le vieux était mort. C’était la désolation dans la famille, les voisins du quartier ont afflué. On est maintenant persuadé que le médecin savait pertinemment que le malade était condamné, il a fait miroiter la guérison juste pour gagner de l’argent. De nombreux témoignages des voisins ont abondé dans le même sens.

Marchander la mort des patients est donc une réalité chez-nous. Certains de nos médecins se prêtent sans vergogne à cette sale besogne : s’enrichir sur le dos des pauvres patients. Quant à se faire soigner au CHU Donka ou à l’étranger, cela est réservé à une minorité de privilégiés.

Walaoulou Bilivogui