Il y a quelques jours, j’ai suivi sur la Radio Kaloum Stéréo (RKS) un reportage en rediffusion portant sur la prostitution à Conakry. Le reportage donne moult détails sur l’ampleur et les causes du mal dans les communes de Cona-cris en soulignant toutefois une certaine recrudescence dans les anciennes communes de Matoto et Ratoma. Je saisis cette occasion pour m’interroger sur la prostitution dans une large perspective touchant les pays pauvres, notamment ceux d’Afrique.

En 1969 s’est tenue en Afrique du Sud une conférence qui a débattu du thème de la libéralisation de la prostitution en Afrique. Plusieurs organisations non gouvernementales en provenance de dix pays africains y ont pris part, elles ont lancé un appel pressant au continent à libéraliser la prostitution plutôt qu’à continuer de la minimiser ou l’ignorer ou encore prendre des mesures abolitionnistes qui n’ont jamais réussi.

C’était un véritable signe des temps que la tenue d’une telle conférence en terre africaine où traditionnellement le sexe est tabou, on en parle couramment qu’entre camarades d’âge ou amis. Par ailleurs, en 1973, il y a 53 ans, se tenait à Bamako, au Mali, le premier séminaire inter-africain d’éducation sexuelle. L’orateur qui a ouvert ce séminaire avait tenu à saluer le courage singulier du gouvernement malien à accepter d’abriter ce genre d’assise auquel répugnaient beaucoup d’autres États africains.

Malgré ces deux rencontres d’Afrique du Sud et du Mali, la tendance générale en Afrique reste encore largement dominée par la négligence pure et simple du fléau de la prostitution jamais inscrit sur le carnet des priorités des gouvernements, ou quand on s’y intéresse, on ne croit qu’aux mesures répressives. Le mal a eu tout le temps d’empirer, de prendre des proportions dramatiques avec pour cortège la prolifération des maladies sexuellement transmissibles, y compris le Sida, la multiplication des crimes passionnels, le trafic des femmes et de la drogue.

Le reportage de la RKS donne une idée approximative de l’ampleur de la prostitution à Conakry et en Guinée, mais en l’absence de toute enquête sérieuse sur le sujet, on peut juste dire que le mal existe sous toutes ses formes dans le pays avec certainement une proportion élevée dans les centres urbains. La capitale regorge aujourd’hui de boîtes de nuits malfamées où prospère le commerce du sexe et des stupéfiants.

La prostitution. Les sociologues et autres experts en la matière indexent plusieurs causes qu’ils regroupent en causes socioéconomiques et causes psychologiques. Les premières se situent dans la démographie galopante, la léthargie économique, l’inégalité des sexes, la mauvaise répartition des richesses. Ces causes-là sévissent particulièrement, de façon endémique, dans les pays sous-développés. Quant aux causes psychologiques, elles s’expliquent par l’exaspération de la libido masculine, la majorité des hommes considérant les femmes en vulgaires objets de plaisir, d’où le penchant à la polygamie ou l’entretien de multiples maîtresses.

Solutions à la prostitution. Beaucoup de pays, riches ou pauvres, s’y exercent avec des résultats mitigés. Il y a ceux qui privilégient la législation abolitionniste se traduisant par une répression plus ou moins féroce, et ceux qui préconisent des mesures réglementaires alliant recensement et contrôle médical. Tous conviennent par ailleurs que la vraie solution est à chercher dans un développement soutenu, juste et équitable de toutes les couches sociales.

La question de la prostitution en Afrique a fait du chemin dans sa perception, on commence à en parler ouvertement sur la place publique. Il est grand temps que nos gouvernants s’en saisissent et en fassent une priorité parmi d’autres. Le plus vieux métier du monde qu’est la prostitution peut être réduit dans des proportions supportables. Mais espérer l’éradiquer totalement relève de l’utopie car ce fléau est inhérent à l’espèce humaine. Commençons donc par écouter l’appel lancé de l’Afrique du Sud, c’est-à-dire libéraliser et réglementer la prostitution.

Walaoulou Bilivogui