Le 17 octobre, une rencontre ministérielle d’exploration entre la CEDEAO et l’AES s’est tenue à Dakar. La délégation de la CEDEAO était dirigée par le ministre sénégalais des Affaires étrangères, Cheikh Niang, celle de l’AES par le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Karamoko Jean-Marie Traoré. On y notait aussi la présence de l’ancien Premier ministre guinéen, Lansana Kouyaté, médiateur patenté de la CEDEAO.
Objectif de la rencontre : les sujets d’intérêt commun autour desquels peuvent se construire des dynamiques conjointes qui concourent à la prospérité des populations des différentes États. Ainsi, il a été convenu d’établir les bases d’un dialogue et de définir de nouveaux arrangements institutionnels et juridiques tout en éludant un éventuel retour de l’AES dans la CEDEAO. Les participants à la rencontre ont enfin décidé de mettre en place des groupes de travail thématiques pour élaborer un accord-cadre de coopération équilibré. Depuis que le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont boudé la CEDEAO et créé l’AES, ils entretiennent avec leurs anciens partenaires des relations du genre : « Je t’aime, moi non plus ». Moult tentatives de médiation pour rabibocher les amis d’hier ont été vaines. À noter que les dirigeants des trois pays du Sahel réfractaires aux sanctions de la CEDEAO contre la conquête anti constitutionnelle du pouvoir ont préféré s’en aller que d’envisager un retour à l’ordre constitutionnel, selon les standards politiques et juridiques de la CEDEAO. C’est dans ce contexte qu’ils ont créé la Confédération des États du Sahel qui s’est, malheureusement, engagée dans une logique conflictuelle avec la CEDEAO, voire avec bien d’autres États (Algérie, Mauritanie, France…) et organisations internationales.
Cette posture de la nouvelle organisation lui a plutôt nui que profité. Le départ de nombreuses ONG qui apportaient une contribution non négligeable à l’éducation, la santé, l’agriculture et autonomisation du genre a privé nombre de femmes et de jeunes de moyens d’existence et les États d’une assistance appréciable. Sur le plan sécuritaire, la crise n’a pas été éradiquée alors qu’elle a été la principale justification des coups de force intervenus dans les États membres de l’AES.
Les difficultés du Burkina Faso, du Mali et du Niger face aux groupes djihadistes expliquent sans doute leur évolution vers une coopération avec les voisins de la CEDEAO. Sans coopération sécuritaire économique, le terrorisme a encore de beaux jours devant lui. Ces pays ont, par ailleurs, perdu l’avantage du passeport commun et celui de la libre circulation des personnes et des biens dans l’espace communautaire.
Abraham Kayoko Doré

