En Guinée, la prolifération des médias, notamment des sites d’information et des Web TV suscite de plus en plus d’interrogations, quant au respect de l’éthique et de la déontologie journalistique. Entre les obligations légales liées à la création de médias, les pratiques de diffusion de l’information sur les plateformes numériques et la confusion entre le journalisme et la communication, l’évolution soulève des préoccupations au sein de l’opinion. La Lance a fait réagir un commissaire de la Haute autorité de la communication, HAC.

Vendredi 23 octobre, Amadou Touré, commissaire de la Haute autorité de la communication (HAC), a apporté des éclaircissements sur le régime de déclaration des médias en Guinée, à l’occasion d’un entretien avec La Lance. Il a insisté sur la nécessité de distinguer le travail des journalistes professionnels de celui des animateurs de Web TV et des communicants, rappelant l’importance du traitement de l’information avant sa diffusion.

Amadou Touré a rappelé que la création d’un journal papier ou d’un site d’information est soumise à un régime de déclaration préalable auprès du procureur compétent. « En Guinée, il y a un régime de déclaration. Si un citoyen veut créer un journal papier, imprimé, ou un site d’information, le régime est celui de la déclaration. C’est-à-dire qu’avant la première publication, le promoteur doit faire une déclaration auprès du procureur du tribunal de première instance de sa zone d’habitation. Après cette déclaration préalable, le procureur doit remettre au déclarant ce qu’on appelle un récépissé. Ce récépissé-là sert d’autorisation ». Le commissaire a ensuite précisé que « c’est le procureur lui-même qui prendra trois copies de ce récépissé-là, pour la HAC, pour le ministère de la Justice et la troisième pour le ministère de l’Information et de la Communication. » Amadou Touré a aussi souligné que si un promoteur n’a pas déclaré son site ou son journal et continue d’exercer sans récépissé du procureur, « cela veut dire qu’il est dans l’illégalité ».

Le commissaire à la HAC établit une distinction entre la collecte de l’information et son traitement, qu’il considère comme une étape essentielle du travail journalistique. Il critique les pratiques notamment de certaines Web TV qui diffusent directement des images ou des informations, sans procéder à leur traitement préalable. « Les Web TV, généralement, ce sont des gens qui veulent faire le travail du journaliste. C’est-à-dire que quand il y a un sujet, par exemple un accident de la circulation, tout de suite, vous les voyez, et ils veulent faire comme le journaliste. Mais le problème est que le journaliste, lui collecte. Mais avant la diffusion, il y a un élément important : le traitement. Les Web TV sautent l’étape du traitement et diffusent directement. C’est cela, la différence entre les journalistes professionnels et ces gens-là », a-t-il déclaré. Le membre du collège de la HAC a précisé que ce n’est pas parce que « vous avez un bon téléphone, un bon smartphone, et que vous avez une connexion, que vous êtes journaliste. Ce n’est pas possible. Cela ne fait pas de vous un journaliste. Si vous ne connaissez pas comment traiter une information, vous n’êtes pas journaliste », a-t-il déclaré.

Communication institutionnelle différent du journalisme

Amadou Touré a également abordé la communication institutionnelle, notamment les contenus publiés sur les pages Facebook, les sites internet et les chaînes YouTube des institutions. Il estime que ces activités ne relèvent pas du même regard que celui porté sur les médias d’information, dans la mesure où les contenus sont censés faire l’objet d’un traitement préalable. « Pour ce qui est du domaine de la communication, on n’a pas trop de regard sur cela. Parce que, normalement, c’est de la communication institutionnelle. Et nous savons normalement que les informations qui passent au niveau d’une page Facebook, par exemple d’une institution, sont d’abord filtrées. Même le choix des discours, le choix des images, le choix des vidéos, tout est bien traité. Vous pouvez avoir vos pages, votre site internet. Même à la HAC, on a une page, on a un site internet, on a des chaînes YouTube. »

Toutefois, le commissaire s’inquiète de certaines pratiques de certains communicants. « Les jeunes qui se réclament communicants, et il y a même parmi eux, ceux qu’on appelle les insultologues… »

Mariama Dalanda Bah