Le narratif qui fait actuellement recette, dans les États qui prétendent au développement, est la transformation des matières premières agricoles, minières, halieutiques (excusez du peu !), en produits manufacturiers finis ou semi-finis, avant leur exportation ou commercialisation. Car même Toto a pigé, depuis belle-lurette que le processus de transformation génère de la valeur ajoutée, il accroît le prix du bien et partant, celui des recettes d’exportation du bled. Est affichée çà et là, la volonté de construire les unités industrielles de transformation de la bauxite en alumine et en aluminium, du fer en acier, de l’or en lingots, des terres rares en composés indispensables à la fabrication de batteries électriques et d’éléments des missiles et des drones, etc. Chez les producteurs des matières premières agricoles, c’est le même son de cloche. Le cacao doit être transformé en chocolat et les graines de café en café soluble ou en café instantané.

On assiste à une véritable boulimie transformatrice des matières premières après des décennies d’exportations de ressources brutes vers l’Europe, l’Amérique et l’Asie. Cette course effrénée à la valorisation des ressources naturelles fait courir cependant des risques de concurrence mortifère entre les économies nationales des États voisins. Par exemple, le Burkina Faso, le Mali et le Niger, membres de l’AES, ambitionnent les uns et les autres de se doter d’une ambitieuse raffinerie d’or. Des analystes constatent que leurs différentes réserves d’or ne peuvent couvrir les besoins de ces mégas raffineries que pendant quelque deux décennies.

Les exigences de la rentabilisation de leurs mines d’or ne requerrait-elle pas la mutualisation de leurs investissements en capital humain, financier et matériel ? Là, le souverainisme percute le panafricanisme, même au sein de l’AES. On ne pense qu’à soi, au risque de compromettre l’intérêt communautaire. On a souvent reproché aux minuscules États africains de produire et d’offrir les mêmes biens sur d’étroits marchés, au lieu, sur la base des avantages comparatifs, de diversifier leurs produits et s’octroyer des parts de marché plus significatives. Mais le plus grand risque qui guette les États dans cette légitime quête de valeurs ajoutées, est que, in fine, le gain généré ne perle indûment dans les attaché-case de quelques grosses légumes, au lieu de contribuer à la prospérité du pays.

La montagne aura accouché d’une petite et vilaine souris. La gouvernance vertueuse est la panacée pour éviter la dérive.

Abraham Kayoko Doré