« Nous vivons assis sur des tas d’ordures et nous voulons jouir d’une bonne santé, ce n’est pas possible. Nous sommes tous des cochons à Conakry. »
Ce coup de gueule a été lancé il y a dix ans par une dame sur une radio de la place. Ces mots me trottent à l’esprit quand je parcours les quartiers et communes de la capitale.
C’est partout des tas d’immondices dans les rues, aux abords des marchés, des écoles, des hôpitaux, des lieux de culte et autres administrations publiques ou privées. Cet état d’insalubrité généralisée empire pendant l’hivernage lorsqu’il pleut des cordes sur la ville. Des mares boueuses se forment par-ci par-là, rendant la circulation encore plus saturée.
Tout le monde souffre de ces déchets encombrants. Mais pris individuellement, personne d’entre nous ne se sent coupable. C’est la faute aux autres et à l’État. On sait que diverses solutions à ce problème ont été essayées : services publics de ramassage, contrat avec une société privée ou des PME, en vain. Des investissements humains mensuels ont été organisés en grande pompe sans résultats probants, faute de suivi.
Alors, que devons-nous faire à la fin, est-ce une question de leadership ? La presse internationale n’arrête pas de citer Kigali comme « la capitale la plus propre d’Afrique ». Qu’attendons-nous pour aller à l’école des Rwandais ?
Sachons que Conakry n’a pas toujours été une ville sale et invivable. Il y a eu un temps où elle était surnommée la « Perle de l’Afrique de l’Ouest ». Camara Laye en témoigne dans « L’enfant noir », son autobiographie. Débarquant du train en provenance de son Kouroussa natal pour poursuivre ses études, il découvre « une ville propre, fleurie, ombragée, aux rues coupées au cordeau ».
Il faut dire que cette ville-là (Kaloum) était la capitale de la Guinée française, le colon en avait fait une cité modèle pour l’ensemble de ses possessions en Afrique Occidentale. Le grand désordre et l’immense insalubrité que nous connaissons aujourd’hui sont exclusivement le fait de nous autres Guinéens. Nous donnons ainsi l’occasion au Blanc de nous traiter de « sales Nègres ».
En attendant de trouver une solution fiable, nous continuerons de vivre comme des cochons à Conakry.
Walaoulou Bilivogui

