Le 1er novembre 2026 marque les vingt ans de la Charte africaine de la jeunesse, adoptée à Banjul en 2006. Selon l’Union africaine (UA), plus de 70 % des Africains ont moins de 35 ans, mais seuls 2,3 % des Parlementaires d’Afrique subsaharienne ont 30 ans ou moins. La Génération Z s’est imposée dans la rue, au Kenya, au Maroc et à Madagascar. Toutefois, elle reste peu présente là où se prennent les décisions.

Cette année, le thème « Célébrer deux décennies de progrès dans la promotion des droits, de la participation et du développement des jeunes en Afrique» a été choisi par l’Union Africaine.

Le 2 juillet 2006, à Banjul (Gambie), l’Assemblée de l’UA a adopté la Charte africaine de la jeunesse. Premier cadre juridique continental consacré aux droits et aux devoirs des 15-35 ans. Le texte est entré en vigueur le 8 août 2009, après que le seuil de quinze ratifications ait été atteint.

Les ratifications se poursuivent lentement. C’est ainsi que le 26 juin 2026, un communiqué de la Commission de l’UA a fait du Botswana le 43e État membre à ratifier la Charte, dans le cadre de la campagne AYC@20, qui célèbre son anniversaire. A ce jour, une douzaine des 55 États membres ne l’ont toujours pas fait. Ce qui en dit long sur l’attention des gouvernements africains sur les problématiques de la jeunesse du continent.

Le même communiqué rappelle l’enjeu : le continent compte sur sa jeunesse pour atteindre les objectifs de l’Agenda 2063 (qui vise à faire de l’Afrique une puissance mondiale dans les 50 prochaines années). Encore faut-il qu’elle trouve des emplois, alors que chaque année, environ 10 millions de jeunes arrivent sur le marché du travail pour 3 millions d’emplois formels. Une triste réalité, qui interpelle au premier chef nos gouvernants.

En dépit des dispositions pertinentes de la Charte africaine de la jeunesse, on constate un frappant et persistant écart d’âges entre gouvernés et gouvernants. Selon un billet du Wilson Center de mars 2023, repris en septembre 2026 par l’Institute for Security Studies (ISS), l’âge médian de la population africaine est d’environ 19 ans, celui de ses dirigeants d’environ 63 ans. Ces chiffres donnent un ordre de grandeur.

Plusieurs chefs d’État illustrent cet écart. Au 1er novembre 2026, Paul Biya (Cameroun) a 93 ans. Il a été réélu en octobre 2025 pour un huitième mandat lors d’un scrutin contesté. Alassane Ouattara (Côte d’Ivoire), investi le 8 décembre 2025 pour un quatrième mandat, et Emmerson Mnangagwa (Zimbabwe) ont 84 ans. Yoweri Museveni, au pouvoir en Ouganda depuis 1986, en a 82.

Pour ce qui concerne notre pays, s’il faut noter que L’État guinéen a formellement intégré les directives de la Charte au cœur de ses textes juridiques, l’application concrète se heurte à des réalités économiques et politiques complexes. En effet, au plan institutionnel et juridique, la Guinée a élaboré la Politique Nationale de la Jeunesse (PNJ 2026-2035). Une feuille de route sur dix ans qui reprend explicitement les directives et la définition de la jeunesse (15-35 ans) édictées par la Charte africaine.

À travers l’Agence Nationale du Volontariat Jeunesse (ANVJ), l’État a structuré des programmes nationaux permettant aux jeunes diplômés de s’impliquer dans le développement local, répondant ainsi aux objectifs de participation civique de la Charte. En plus de cette Agence, il y a le Conseil National des Jeunes : une plateforme qui sert d’interface entre les mouvements de jeunesse et les autorités publiques, pour garantir l’implication des jeunes dans les prises de décision.

Malgré cet encadrement de la jeunesse, il n’en demeure pas moins vrai, que d’importants défis sont à relever, au nombre desquels le chômage et le sous-emploi des jeunes qui restent massifs. L’inadéquation entre les formations universitaires et les besoins du marché de l’emploi freine l’impact réel des politiques économiques. Les infrastructures sportives, culturelles, sanitaires et technologiques prévues par la Charte profitent principalement à la jeunesse de Conakry, laissant les jeunes des régions de l’intérieur face à un déficit important d’opportunités. Tout un programme pour le ministère de la jeunesse !

Thierno Saïdou Diakité