Reporters sans frontières (RSF) condamne fermement les menaces et l’appel au lynchage proférés par le député Kennedy Ohene Agyapong à l’encontre d’un journaliste, le 9 juillet dernier à la suite d’un reportage. L’organisation appelle les autorités à poursuivre le député et à assurer la sécurité du journaliste.

«On doit lui mettre une raclée. Si j’étais président, je m’assurerais que ce garçon soit tabassé sans pitié». C’est en ces termes que s’est exprimé le député Kennedy Ohene Agyapong à propos d’Erastus Asare Donkor, journaliste pour la station de radio privée Luv FM. Un discours tenu lors d’une interview diffusée en direct, le 9 juillet dernier, sur Net 2 TV, une chaîne de télévision appartenant au parlementaire.

Ces graves menaces font suite à un reportage réalisé par Donkor sur l’assassinat du militant Mohammed Ibrahim Anyass, plus connu sous le nom de Kaaka, à Ejura, dans le centre du Ghana, et sur une manifestation organisée à la suite de cet événement et au cours de laquelle deux personnes ont été abattues par les forces de sécurité. Le journaliste a ensuite été invité à témoigner devant une commission d’enquête mise en place par le gouvernement pour faire toute la lumière sur ces incidents. Il a rapporté avoir vu des officiers militaires tirer sur la foule, ce que l’armée a depuis démenti.

Ce n’est pas la première fois que Kennedy Ohene Agyapong menace directement un journaliste. Il y a moins de trois ans, le député de la région Assin Central, dans le sud du pays, s’en était pris au reporter Ahmed Hussein-Suale après qu’il a révélé de graves scandales de corruption dans le football africain. Il avait alors déclaré : «Vous savez tous que cet Ahmed vit à Madina. Quand vous le voyez, frappez-le». Quelques semaines plus tard, le 16 janvier 2019, le journaliste a été abattu en pleine rue dans son quartier. L’enquête n’a pas permis, à ce jour, d’identifier les responsables de cet assassinat.

«Les menaces proférées à l’encontre d’Erastus Asare Donkor sont absolument intolérables et ne doivent pas rester impunies, déclare le directeur du bureau Afrique de l’Ouest de RSF, Assane Diagne. Le dernier journaliste à avoir reçu des menaces de la part de Kennedy Ohene Agyapong a connu une fin tragique. Il faut tout mettre en œuvre pour que le reporter ne connaisse pas le même sort. Nous demandons aux autorités de poursuivre le député sans tarder, et de veiller particulièrement à la sécurité du journaliste.»

Au cours d’une session diffusée le 15 juillet, le Président du Parlement a rappelé que les députés n’étaient «pas au-dessus des lois», et qu’ils n’avaient pas «l’immunité de pouvoir tout dire en tant que membre du Parlement».

À la suite de ces menaces, le 13 juillet, le Multimedia Group, auquel appartient Luv FM, a déposé une plainte officielle contre le député auprès du commandement régional de la police d’Ashanti. Une copie de la plainte a été adressée à 14 responsables, dont le chef d’état-major et les ministres de l’Intérieur et de la Sécurité nationale.

Le Ghana occupe la 30e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi en 2021 par RSF.

Reporters Sans Frontières