Les célébrités vivent rarement longtemps. Sans doute à cause d’une vie très intense. Binta Laly Sow fait exception. La Diva originaire de Télimélé a chanté pour plusieurs générations. Et elle continue à le faire. A juste titre, elle répète dans ses chansons qu’il n’existe pas meilleure chance que de vivre longtemps.
Pour la vieille chanteuse, cette chance arrive justement au crépuscule de la vie. Les gestes se multiplient en sa faveur. Après avoir lui avoir offert une voiture, le président de la transition, vient de faire un autre geste pour la célébrité de la musique pastorale. Cette fois Binta Laly est élevée au rang de l’ordre national du mérite. Tout un symbole.
Concernant cette artiste, qui a commencé sa carrière musicale pendant la Révolution, les initiatives se sont multipliées ces dernières années. C’est tout d’abord le duo, Alimou Sow et Abdoulaye Sadio Diallo, qui a donné le ton avec un projet intitulé « Un toit pour Binta Laly Sow ». Ce projet, initié par les deux jeunes bloggeurs guinéens, consistait -ou consiste encore- à construire un bâtiment pour la vieille artiste, jusqu’ici déminue.
Désormais celle qui est considérée comme la dernière Diva nationale vivante aura à la fois une maison, une voiture et une distinction nationale. Bref, une belle et radieuse fin de vie, contrairement à nombre de ses semblables dont l’écrasante majorité a vécu et décédé dans un dénuement total. En effet, certains artistes sont morts par manque de soins. D’autres ont connu la faim et la misère. D’autres encore sont rentrés au village à cause de leur incapacité de faire face au loyer en ville.
Parlant de ces hommes et femmes qui ont pourtant fait la joie des mélomanes de Guinée et d’ailleurs, une image tourne en boucle dans ma tête. Celle de Fodé Conté, amaigri, fatigué et malade, qui tendait la main aux officiels à l’occasion de la célébration du 58ème anniversaire de l’indépendance de la Guinée. C’était en 2008 à la RTG Koloma. Le vieil homme avait quitté la cérémonie bredouille. Toute une leçon pour ceux et celles qui, pendant qu’ils sont jeunes et en bonne santé, n’épargnent rien pour leurs vieux jours.
L’auteur de la célèbre chanson Rio Pongo avait appris à ses dépens que la société guinéenne a changé. Il était loin de l’époque où le chanteur était qualifié d’artiste du peuple. Cette époque où les gens étaient encore sensibles au sort de leur semblable. Une période pendant laquelle l’individualisme n’avait pas encore pris le dessus sur la solidarité. Comme Fodé Conté, d’autres artistes ont connu une véritable descente aux enfers avant de tirer leur révérence. Pour certains cas, comme celui de Kadé Diawara, il y a eu une mobilisation. Mais le plus souvent tardive.
La générosité dont vient de bénéficier Binta Laly Sow est consécutive à la mobilisation lancée par Alimou Sow et Abdoulaye Sadio Diallo. Ce duo ne doit pas arrêter là. Il faudrait identifier d’autres anciennes ou actuelles célébrités confrontées à la même situation à laquelle Binta Laly Sow faisait face hier. Cette initiative doit s’étendre à tous ceux qui ont porté haut l’image de la Guinée.
Ces Guinéens sont nombreux. Et dans maints secteurs, sport, musique, littérature et d’autres. Les Guinéens doivent s’inspirer de la célébration anthume que les journalistes de Guinée ont organisée le 29 octobre dernier pour El Hadj Souleymane Diallo. L’objectif étant, désormais, de reconnaitre et de célébrer de leur vivant les Guinéens qui se sont distingués.
Habib Yembering Diallo