Bien qu’interdit de toute activité politique, le Rpg arc-en-ciel a tenu son assemblée générale ordinaire samedi 22 mars à son siège à Gbessia. L’ex-parti au pouvoir dénonce sa suspension par le ministère de l’Administration du territoire et  fustige les partis alliés à la junte.

Mohamed Lamine Kamissoko, du bureau politique du Rpg arc-en-ciel, rappelle que le rôle de l’armée n’est pas de gouverner la Guinée, mais de défendre son intégrité territoriale. Selon lui, briguer la magistrature suprême est exclusivement réservé aux partis politiques. « Ignorant leurs attributions, des partis politiques soutiennent un groupe de putschistes, où va le pays ? Les partis politiques sont démocratiques, la loi indique qu’ils doivent compétir pour conquérir le pouvoir. Comment comprendre un leader politique se greffer à une junte qui freine la marche d’autres partis, envisage la suspension et la dissolution d’autres ? », s’interroge l’ancien député du Rpg arc-en-ciel. Il exhorte les leaders politiques alliés du Comité national du rassemblement pour le développement à reconsidérer leur position. Ils ne doivent pas occulter, poursuit-il, qu’ils sont des acteurs démocratiques appelés à s’organiser, à s’unir pour combattre la dictature « que nous sommes en train de vivre. C’est une pure dictature militaire. Alors, un parti politique ne devrait pas, dans ce cas, se greffer à la junte. C’est une honte, une grande honte ! Nous vous prions de vous ressaisir et de revenir à la normale. »

Le Rpgiste accuse les autorités de la transition de vouloir carrément supprimer le Rpg arc-en-ciel d’Alpha Condé, l’Union des forces démocratiques de Guinée de Cellou Dalein Diallo et l’Union des forces républicaines de Sidya Touré. Histoire de confisquer le pouvoir. « La démarche est très dangereuse. Le gouvernement est une institution, les partis politiques sont des institutions. Une institution ne peut pas dissoudre une autre. Les ministres qui disent cela (Ousmane Gaoual Diallo, Ndlr) étaient députés à la huitième législature. Certains parmi ces ministres ont déclaré que ‘’ce n’est pas mauvais de tuer un Président’’ », rappelle M. Kamissoko.

Se laisser absorber au lieu de soutenir la junte

Mohamed Lamine Kamissoko invite les partis politiques fidèles à la junte, ne pouvant pas briguer la magistrature, à rejoindre les rangs des ‘’grands’’ partis politiques. « Si vous n’avez pas de militants, si vous n’êtes pas bien organisés, structurés, de grâce, faîtes comme les grandes entreprises vis-à-vis des petites entreprises. C’est-à-dire, les petites entreprises se font absorber par les grandes entreprises quand leurs activités ne se développent plus. Donc, les petits partis politiques peuvent faire la même chose au lieu de soutenir un pouvoir militaire. Le Rpg exerce la politique depuis plus de trente ans. Nous avons bravé le régime de feu général Lansana Conté. Notre parti a pleinement participé à toutes les élections en Guinée depuis 1992. Le Rpg arc-en-ciel est un parti respecté et respectable », affirme-t-il. Marc Yombouno, autre figure du bureau politique, déclare que la suppression d’un parti politique ne concourt point à l’apaisement.

Faire la courbette ?

Le ministère de l’Administration du territoire et de la Décentralisation a suspendu le Rpg arc-en-ciel de toute activité politique à l’issue de l’évaluation des partis. Le Rpg arc-en-ciel dispose trois mois pour faire sa situation financière, organiser un congrès, entre autres. « Nous invitons nos militants à rester sereins, nous ne nous reprochons de rien. Le président Alpha Condé est hors du pays, les membres du gouvernement sont en prison, leurs biens sont gelés. Tout cela est causé par la junte. Alors, comment faire une situation financière ? Comment tenir un congrès, nous sommes bloqués. Qu’est-ce qu’ils veulent ? Qu’on fasse la courbette pour de l’argent afin d’organiser le congrès ? Jamais. S’ils pensent passer par des machinations pour déstabiliser le parti, ils se trompent », affirme Mohamed Lamine Kamissoko.

Yaya Doumbouya