Dans la nuit du 29 janvier 2016 aux environs de 2 heures du matin, Jean-Marie Doré Soumahoro rend l’âme dans sa résidence de Donka. Abasourdie, la Guinée apprend la terrible nouvelle, à son réveil. Ainsi, le Seigneur vient d’arracher le Président de l’Union pour le progrès de la Guinée, à l’affection de sa famille, ces militants, ses amis et le pays tout entier. Jusqu’à l’enterrement le 8 février à Bossou (Lola), son village natal, sa résidence ne désemplira pas.

Le 6 février, à travers un symposium au Palais du peuple, la nation lui rendra un dernier hommage en présence du Président de la République, Alpha Condé, du Premier ministre Mamady Youla, l’ensemble de la classe politique, ses nombreux admirateurs. La dépouille mortelle de celui qui fut Premier ministre de la Transition de 2010 a été transportée par avion à N’Zérékoré, puis par voiture à Bossou où la cérémonie d’inhumation s’est déroulée en présence du Gouverneur de la région, des préfets de la Guinée Forestière et de la notabilité de la Préfecture de Lola. Jean-Marie Doré, Premier ministre du 26 janvier au 24 décembre 2010, est ainsi retourné reposer à côté de ses aïeux à Bossou où il est né le 12 juin 1939.

La mort de Jean-Marie Doré a privé le landerneau politique de sa meilleure voix et élargi le vide laissé par Siradiou Diallo et Bâ Mamadou. Car nul ne peut dénier à Jean-Marie Doré son talent oratoire et qualités de tribune. La culture et le vécu professionnel de l’homme expliquent cela. Sous la révolution, au début des années 1960, le jeune et impétueux inspecteur du Travail est admis à un concours d’entrée dans l’une des prestigieuses Agences du Système des Nations Unies, en l’occurrence le Bureau International du Travail (BIT) dont le siège est à Genève (Suisse). Jean-Marie Doré effectue ainsi toute sa carrière professionnelle dans cette organisation, parcourant tous les continents, en particulier l’Afrique. De la verve, son métier lui en a appris !

A la mort de Sékou Touré avec lequel il a eu des rapports politiques tantôt conviviaux, tantôt houleux, il revient au pays à la faveur du coup d’État qui porte au pouvoir Lansana Conté, le 3 avril 1984. Il crée une société de transport terrestre. A la restauration de la démocratie plurielle, en 1992, il participe à la création de l’Union pour le progrès de la Guinée (UPG) dont il prend rapidement les rênes et conduit à deux présidentielles et législatives.

Tôt l’homme se fait remarquer par ces reparties à propos, incisives mais toujours empreintes de courtoisie. Alors que la plupart des leaders se regardent tout le temps en chiens de faïence, Jean-Marie s’en moque et s’en délecte. On se souvient encore de sa pique contre Siradiou, à propos de son jet privé. « Il survole vos problèmes sans les vivre. Moi, je viens par la route les vivre avec vous. » Il était, sans doute, le seul leader qui pouvait débouter inopinément dans une réunion d’état-major de tous les partis, décrisper l’atmosphère, marquer les uns dans les autres et tourner les talons aussi vite qu’il était arrivé, laissant hilare l’assistance. Il ne considérait pas la joute oratoire politique comme un casus-belli. Loin s’en faut. En politique, Jean-Marie Doré avait le sens de la mesure. C’était le boute-en-train de la classe politique. Il a laissé un vide qui tarde à se combler.

Abraham Kayoko Doré