Je débarque à Bamako en novembre 1967 en provenance de Beyla, en Guinée forestière. C’est à l’époque où les populations guinéennes subissaient les affres de la dictaure Sékoutouréenne. Nombre de citoyens, de toutes les couches sociales, franchissaient les frontières pour s’établir sous des cieux plus cléments.
Arrivé un matin par le chaland qui assurait la navette Kankan-Bamoko, je déambule un baluchon à l’épaule dans les rues à la recherche d’une certaine Madame Dioncouda Sissoko, fonctionnaire aux Colis postaux. Je la retrouve et me présente à elle : « J’arrive de la Guinée, j’ai eu votre adresse par votre oncle Monsieur Touré qui a vécu longtemps chez-nous et qui est rentré définitivement au Mali. J’ai l’intention de poursuivre mes études ici ».
Madame Sissoko me répond : « Sois le bienvenu, mon oncle est effectivement rentré au pays. Il est allé s’installer au village, tu vas attendre que je descende du travail à midi et on ira à la maison ».
La famille me reçoit dans le strict respect de l’hospitalité africaine selon laquelle l’étranger, d’où qu’il vient, est reçu comme chez lui à bras ouverts. Le gîte et le couvert me sont assurés sans formalité aucune. Mes démarches pour les études n’ayant pas réussi, faute de dossier scolaire adéquat, je me mets à chercher du travail. Un an et demi plus tard, j’obtiens un emploi stable d’Assistant-bibliothécaire au Centre culturel Dioliba, à la Mission catholique. Je peux enfin me prendre en charge et dire merci à ma tutrice et sa famille.
Mon séjour à Bamako durera huit ans pendant lesquels je me fais beaucoup de relations. D’abord parmi mes compatriotes de la diaspora guinéenne assez nombreuse à l’époque; ensuite beaucoup de jeunes maliens au sein de la Jeunesse travailleuse croyante (JTC, à l’image de la Jeunesse ouvrière chrétienne de France); enfin des expatriés d’autres pays africains (Ivoiriens, Togolais, Béninois, Camerounais etc…).
Il m’est arrivé durant mon séjour d’effectuer quelques crochets à l’intérieur du pays, à Bougouni et à Yanfolila dans la région de Sikasso, où j’ai tenu un mois respectivement la classe de deux instituteurs malades. Une journée à Koulikoro en compagnie de Père Francis Verstraete qui y allait habituellement célébrer la messe. Trois jours à Kita lors du pèlerinage chrétien de 1972. Enfin un mois de congé annuel chez un ami guinéen, policier en service à Kayes.
Je rentre en Guinée en 1975, je me fais recruter à la Fonction publique pour servir à la Bibliothèque nationale de Conakry. En dépit des longues années écoulées depuis mon départ de Bamako, je reste attaché au Mali a travers mes souvenirs et les nouvelles des medias. Aujourd’hui Bamako est au bord de l’implosion politique, cela me rend triste et malade. Bamako, hier eldorado de l’Afrique de l’Ouest, devient un champ de bataille entre faucons de tous bords qui s’acharnent à semer la terreur parmi les paisibles populations du pays. Je souhaite ardemment que Bamako triomphe sur ses ennemis. Je resterai toujours attaché à cette métropole qui a accueilli et encadré le jeune rural que j’ai été il y a soixante ans.
Walaoulou BILIVOGUI

