Appelés à élire leurs députés et maires de communes, ce dimanche 31 mai, les Guinéens ne se bousculent pas devant les bureaux de vote. La fine pluie, qui a très tôt arrosé le matin du vote la capitale Conakry, s’est estompée. Mais l’engouement n’était toujours pas au rendez-vous à la mi-journée, dans les zones visitées à Bellevue, Minière, Hamdallaye, Bambéto et Kaporo-rails (banlieue).

Au bureau de vote CMC Minière 1 par exemple, on dénombrait 94 votants peu avant 13h GMT et heure locale. Soit moins du tiers des 313 inscrits. Même constat au bureau de vote CMC Minière 2, situé à deux pas de là : sur 251 inscrits, seuls 65 électeurs avaient glissé leur bulletin dans l’urne. Et l’absence de votants sur les lieux lors de notre passage ne présageait pas une amélioration.
Les membres de ce bureau de vote n’avaient pas tous, non plus, effectué le déplacement. Trois étaient absents sur cinq, dont le président et un assesseur.

Le double scrutin (législatif et communal) se déroule sans les partis historiques de l’opposition, à l’instar de l’ex-formation politique au pouvoir, le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG Arc-en-ciel) d’Alpha Condé, l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) de Cellou Dalein Diallo ou encore l’Union des forces républicaines (UFR) de Sidya Touré. Ces différents partis ont été dissous à trois mois des élections, pour non-conformité à la charte des partis politiques, selon les autorités.

Fête de Tabaski ou appel au boycott ?

Réunis, avec certaines structures de la société civile, au sein de la plate-forme des Forces vives de Guinée, ces derniers ont appelé les Guinéens à boycotter le vote. « Les Forces vives de Guinée réaffirment leur position de principe de ne pas servir de caution à une violation de la souveraineté populaire en accompagnant cette autre mascarade électorale. Elles ne reconnaissent pas un régime illégal et illégitime issu de coups d’État et maintenu par l’instauration d’un climat de terreur caractérisé notamment par des disparitions forcées, des assassinats ciblés, des enlèvements, des emprisonnements arbitraires, le harcèlement des leaders d’opinion », martèlent-ils dans une déclaration publiée le 29 mai.

« Les Forces vives de Guinée invitent les populations à ne pas prendre part à la mise à mort de la démocratie et à l’instauration d’une nouvelle dictature en s’associant de près ou de loin à cette troisième mascarade électorale », renchérissent-ils.
La faible affluence trouve-t-elle son explication dans cet appel au boycott ou ailleurs ? Les avis divergent. « Notre appel a été entendu et largement suivi, comme le constatent la presse et certains responsables de BDV [Bureau de vote] et même des élections », réagit brièvement Cellou Dalein Diallo, contacté par notre rédaction.

Mais certains accusent la tenue du scrutin quatre jours après la fête de Tabaski qui, chaque année, draine du monde vers l’intérieur du pays. Même Mamadi Doumbouya a célébré l’Aïd à Kankan, sa ville natale. Il y a participé à la traditionnelle danse de réjouissance, la Grande Mamaya qui dure les trois jours suivant la fête de Tabaski. Et lorsque nous publions cette dépêche, la question de savoir si le président de la République a lui-même voté était sans réponse. Aucune publication dans les médias et les différents canaux officiels ne l’attestaient encore.

Diawo Labboyah