À l’occasion des élections législatives et communales de ce dimanche 31 mai, nous avons fait un saut dans le buisson de Timbi Tounni, préfecture de Pita. Faible affluence des électeurs dans la matinée, difficultés organisationnelles dans plusieurs centres de vote, assurances des autorités administratives, la journée électorale n’a pas manqué de hics et des réalités contrastées.

Des agents électoraux en attendant l’arrivée des électeurs


Dans cette commune rurale, plus de 9 000 électeurs sont inscrits sur les listes électorales, répartis dans environ dix centres de vote et 48 bureaux de vote. Au centre de vote de l’École primaire de Timbi-Tounni (le plus grand centre de la sous-préfecture), deux bureaux de vote sont installés. Le premier compte 276 électeurs inscrits et le second 272 électeurs. À 7 h 15 déjà, les agents électoraux étaient sur place. Mais aucun électeur n’était visible devant les bureaux de vote à 9h. Les agents électoraux sont assis partout, certains dormaient dans les salles, tandis que d’autres, bien qu’installés devant les bureaux, étaient à la recherche du petit-déjeuner.

Un des présidents assis dans la cour, en attendant l’arrivée des électeurs

Quant aux présidents des bureaux de vote, l’un était assis dans la cour, l’autre se trouvait à l’entrée. L’un d’eux s’est confié. « Nous sommes ici depuis 7 h, mais nous n’avons pas reçu plus de 20 électeurs. Et ça aussi, ce sont les vieilles personnes ; aucun jeune n’est venu ici d’abord », souligne Alphamadou Bah, président du bureau de vote. À propos des kits électoraux, il poursuit. « Nous n’avons pas reçu les procès-verbaux d’abord, ni les fiches de résultats. Aucun agent de sécurité ni agent de la Croix-Rouge n’est là. Seuls deux observateurs dont j’ignore les noms sont passés. Aucune fiche de dérogation ni de procuration. Les fiches d’émargement pour les superviseurs et les fiches de présence ne sont pas disponibles. »

L’un des deux bureaux de vote


Autre constat relevé par l’agent : les membres du personnel électoral n’auraient pas bénéficié d’une formation adéquate. Selon lui, les messages de confirmation destinés aux agents retenus n’auraient été envoyés que le matin même à 5 heures. C’est pourquoi, apprend-on, certaines équipes ne sont pas complètes. Dans certains centres, seuls deux agents électoraux seraient présents. Les autorités locales tenteraient ainsi de trouver des remplaçants.

Par ailleurs, deux partis politiques sont représentés à travers leurs délégués : l’UPR et la GMD.
À 10 h 30, au moment où nous quittions le centre, nous avons croisé un agent électoral transportant des procès-verbaux et des fiches de résultats qu’il distribuait dans les différents centres de la sous-préfecture. Il recevait plusieurs appels téléphoniques provenant d’autres centres qui se plaignaient de divers déficits. Il tentait de les rassurer, même si la désolation se lisait sur son visage.

Des électeurs satisfaits, malgré la faible mobilisation


Après avoir voté à 9h, El Hadj Kindy Bah, natif de Timbi Tounni, a livré ses impressions. « J’ai un sentiment de joie, le fait d’avoir participé à cette élection. C’est d’ailleurs la plus grande joie d’un citoyen de s’acquitter de son devoir civique. Ce qui me réconforte surtout, c’est qu’il y a une belle organisation des élections. Et même si l’engouement n’est pas très élevé, les gens commencent à répondre tout de même. Et ça se passe dans de bonnes conditions, sans erreur. » L’électeur a lancé un appel. « Je demande à tous les citoyens qui ont leur carte d’électeur de venir voter. Et pour ceux qui n’ont pas leur carte d’électeur, au prochain recensement, de se faire recenser pour avoir leur carte. Ensuite, de mobiliser plus activement les gens pour les échéances à venir… »

El Hadj Kindi Bah


Une administration électorale prudente dans ses déclarations


Le dirlo général communal des élections, affecté à ce poste à la veille du scrutin, a communiqué les statistiques disponibles avec une certaine prudence, reconnaissant ne pas encore maîtriser parfaitement le processus dans sa zone d’affectation. « Nous avons 9 000 et quelques électeurs pour toute la sous-préfecture, répartis dans environ dix centres de vote avec 48 bureaux de vote », a-t-il déclaré après avoir effectué plusieurs appels auprès de l’ancienne équipe, afin d’obtenir des informations plus précises. Même s’il assure que 90% du matériel est disponible, il reconnaît toutefois des insuffisances. « Il n’y a pas un grand engouement, pas de fiches de dérogation, présence et de résultats, notamment pour les communales », a-t-il souligné.

Aboubacar Dinn Diallo, directeur général communal des élections


Les autorités rassurent


Le sous-préfet de Timbi Tounni, le Lieutenant-colonel Lamine Iranduno, vient d’effectuer une tournée dans plusieurs centres de vote, du chef-lieu rural ainsi que dans certains districts. Il se veut rassurant quant au déroulement des élections. « À Timbi Tounni, tout se passe bien. Les bureaux sont ouverts à 7h, comme prévu. Pour le moment, l’engouement est là. Les gens se mobilisent petit-à-petit pour venir s’acquitter de leurs droits civiques. Sur ce, la sécurité aussi est là. En tout cas, à Timbi Tounni, tout est disponible pour les votes. C’est moi-même qui suis parti chercher les kits avant-hier et hier. Donc, à ce sujet, tous les kits sont au complet même dans les districts que je viens de sillonner, dont où je suis présentement, à Pellel-Bantan. Après, je vais vers les districts un peu plus éloignés de Timbi-Tounni centre…»

Lieutenant-colonel Lamine Iranduno, sous-préfet de Timbi-Tounni


Parlant de la faible mobilisation observée dans la matinée, l’administrateur l’explique notamment par un déficit de sensibilisation. « C’est la sensibilisation qui n’a pas été faite à temps. Mais, les électeurs viennent petit à petit », tente de convaincre le sous-préfet.

Même constat, même plainte dans plusieurs centres

Soulignons que dans d’autres centres de vote, notamment à la Maison des jeunes et au collège sous-préfectoral, ainsi que dans certains districts, ce sont les mêmes réalités et les mêmes plaintes de la part des agents électoraux.

Une électrice dans l’isoloir

S’agissant de la sécurité, nous avons croisé un pick-up de la CMIS (Compagnie mobile d’intervention de sécurité) avec plusieurs agents à bord. L’un des flics nous a confié qu’ils travaillaient en coordination avec les pandores déployés dans les districts. Un teufteuf des agents de la protection civile (sapeurs-pompiers) faisait la ronde à Timbi-Tounni centre.
Entre inquiétudes exprimées par des agents électoraux, faible taux de participation constaté dans la matinée et assurances des autorités administratives, la journée électorale à Timbi-Tounni se déroule dans une atmosphère mêlant attentes, interrogations et espoirs d’une mobilisation plus importante au fil des heures.

Mariama Dalanda Bah, envoyée spatial