A quelques jours des sélections législatives et communales, la campagne électorale peine à susciter l’enthousiasme populaire. Sur le terrain, les partis politiques et mouvements indépendants engagés dans la course éprouvent des difficultés à mobiliser. Un manque d’engouement qui interroge sur le futur taux de participation au scrutin du 31 mai prochain.

Meetings peu fréquentés, faible visibilité des activités et désintérêt des électeurs marquent cette période préélectorale. Après le démarrage officiel de la campagne le 1er mai, il aura fallu attendre deux semaines plus tard pour voir des affiches de candidats au coin des rues et différents carrefours de Cona-cris. En maints endroits de la capitale et de l’arrière bled, des candidats des partis politiques et mouvements alliés à la GMD (Génération pour la modernité et le développement), mouvance au pouvoir, ont tenté de mobiliser. Sans grand succès.

Pas de pognon, pas de mobilisation

Selon des langues fourchues, de nombreux candidats des partis politiques et de mouvements alliés du pouvoir attendent la subvention que devrait leur donner l’État à travers la Direction générale des élections, DGE, pour « payer » les militants.
En tout cas, le 15 mai, la DGE a invité les candidats et les listes de candidats retenus pour les sélections législatives et communales du 31 mai à se conformer strictement aux dispositions du Code électoral relatives au financement de la campagne. S’appuyant sur certaines dispositions légales, l’organe de gestion des élections a rappelé l’obligation pour chaque candidat ou liste de candidats de procéder à « l’ouverture d’un compte de campagne destiné à recevoir le Fonds électoral ainsi que la subvention accordée par l’État pour la campagne électorale des élections législatives et communales du 31 mai 2026 ». La DGE a invité les candidats et listes de candidats à « déposer au plus tard le mercredi 20 mai 2026 à 16h le relevé d’identité bancaire (RIB) à la Direction générale de élections, pour le scrutin de listes nationales ; aux Directions préfectorales et communales des élections, pour le scrutin majoritaire uninominal ou plurinominal et le scrutin communal ».

Toujours est-il qu’après deux semaines, un candidat s’est plaint de n’avoir pas encore reçu du pognon de la part du pouvoir, pour démarrer sa campagne. Un observateur politique explique la morosité de la campagne par le fait que bien des candidats sont sans ressources, incapables de mobiliser un réseau de soutien dans leur localité : « Ce sont des gens qui n’ont pas d’emploi qui se battent pour être élus dans les mairies, pour certainement profiter des recettes, ou des candidats aux législatives pour bénéficier des avantages liés à la députation. Ils n’ont pas de personnalité, c’est pourquoi, ils ne peuvent mobiliser. Quelqu’un qui n’a pu mobiliser des hommes d’affaires pour le soutenir, peut-il convaincre un électeur ? »

Il déplore que les candidats attendent de l’argent public pour battre campagne. Il accuse un faible niveau de connaissance des pouvoirs publics, l’expérience requise pour diriger. Conséquences, des candidats des partis politiques et des mouvements se promènent dans les différentes villes du pays, se contentent de rencontrer les chefs religieux, sages, autorités régionales ou préfectorales et se rendent dans leurs sièges : « Cette fois, comme il n’y a pas d’argent, ils ne trouvent que quelques responsables de leurs mouvements dans les sièges, il n’y a personne là-bas pour les applaudir. Même les portes à portes, il faut avoir de l’argent pour le faire. Mais si le candidat lui-même a des difficultés d’avoir du carburant ».

Des sélections pipées d’avance

Les candidats animent des conférences de presse et prennent d’assaut les réseaux sociaux pour faire croire à l’opinion que la campagne bat son plein. De quoi faire marrer des internautes : « Personne ne fera confiance à un candidat qui vit en location et circule dans une voiture louée », raille un d’eux.
Pour un activiste de la société civile, les élections législatives et communales du 31 mai sont sans enjeux. Pour lui, les candidats ne sont pas des politiciens. « Ce sont des opportunistes qui se sont déguisés en politiciens pour peser en faveur du Parti-État. Parce qu’en face, il n’y a pas d’opposition. On est encore dans une transition qui ne dit pas son nom. Donc, on fait semblant de faire des élections. Or, tous les candidats indépendants sont des candidats qui portent des candidatures taillées sur mesure. C’est le même bloc, en fait, qui a éclaté en semblant de partis politiques et de candidats indépendants. Sinon, c’est le même bloc. Il n’y a pas de contradiction politique, il n’y a pas de débat ».

L’interlocuteur qui a requis l’anonymat estime aussi qu’au niveau des listes nationales, c’est la même chose, il n’y a pas d’adversité politique, il n’y a pas de confrontation de programmes, ni de débats d’idées. Pire, soutient l’activiste, des membres du CNT (Conseil national de la transition) se sont disséminés dans des partis politiques pour ne pas quitter l’Hémicycle. Sinon, ils sont tous de la GMD. « Le Parti État est en train de se constituer, malheureusement, sur des bases vraiment irréelles, ridicules et théâtrales », tance cet observateur.

Ibn Adama