En un mois environ, les poids lourds qui caporalisent la planète Terre ou qui ont une envie inextinguible de le faire se sont rencontrés à Beijing, sur les terres de l’un d’eux, le Chinois Xi Jinping. Le Yankee Trump et le Tsar rouge, Vladimir Poutine, au pas de charge, se sont succédés pour ergoter avec Xi Jinping sur l’état abracadabrant du monde, (commerce, guerres impérialistes, menaces d’annexion, changement climatique, etc.)

Par ces temps où le multilatéralisme le cède à l’unilatéralisme pour levier des relations internationales, le monde aurait tort de ne pas s’interroger sur les perspectives de ces rencontres au relent conspirationniste. Que se disent ces costauds en aparté ? Les historiens se souviendront de la Conférence éponyme, à Yalta, sur les berges de la Mer noire en Crimée. Là-bas, s’en furent bomber la poitrine les héros de la guerre 1939-1945 et préfigurer le monde et les nouveaux rapports de force après l’effondrement de l’Allemagne, de l’Italie et du Japon. À Yalta, Joseph Staline (Union soviétique), Franklin D. Roosevelt (États-Unis d’Amérique) et Winston Churchill (Royaume uni) ont cogité sur des problématiques aussi diverses que l’organisation post- guerre de l’Europe et du monde, le charcutage de l’Allemagne défaite, la mise au pas du Japon.

Quelques mois après cette conférence, 50 États se sont retrouvés à San-Francisco, constatant la faillite de la Société des Nations, créent l’Organisation des Nations Unies (ONU) qui, tant bien que mal, s’est efforcée de promouvoir la paix et le développement humain durable dans le monde, durant les 80 dernières années. Fragilisée par les antagonismes politiques et économiques, l’ONU s’effondre sous nos yeux, sous les coups de boutoir du président américain qui a même déjà mis en place son Conseil de paix.

À Beijing, Xi Jinping, Donald Trump et Vladimir Poutine n’ont-ils pas rêvé à un remake de Yalta en concoctant une nouvelle architecture des relations internationales en relation avec les rapports de force actuels et les alliances émergentes ? Sauf miracle, l’ONU a vécu. On a désormais besoin d’une gouvernance de la planète terre rénovée et mieux adaptée aux contingences du siècle. Le multilatéralisme, socle de l’ONU et ses agences (institutions de Bretton Woods, PNUD, OMS, UNICEF, UNESCO, etc.) se délite depuis belle lurette, montre les signes de son usure crèvent les yeux.

Abraham Kayoko Doré