Le 31 mai 2026, le corps électoral guinéen est convoqué dans les urnes pour élire les futurs députés et les maires du pays. D’ores et déjà, l’on est en pleine campagne électorale. Dans les châteaux huppés des villes comme sous les chaumes des patelins des campagnes bruissent les sourdes rumeurs sur les péripéties de ce bouillonnement. Ces élections closent la période transitoire et débouchent sur le retour définitif à l’ordre constitutionnel. La boucle est donc bouclée.

Avec ces élections, on entre de plain-pied dans un régime adossé sur des institutions républicaines dont l’imbrication constitue l’architecture. Comme il s’agit d’un régime démocratique, le processus électoral est la voie royale pour mettre en place les fondements d’un tel régime politique et l’Etat démocratique qui en émane. La démocratie est un système politique où la souveraineté appartient au peuple, qui exerce son pouvoir directement ou par des représentants élus, garantissant libertés individuelles, pluralisme politique et Etat de droit. Fondée sur le vote et l’égalité des citoyens, elle s’oppose aux régimes autoritaires. C’est là qu’apparaît toute l’importance de l’élection, car il s’agit pour un mandant (peuple) de donner un mandat à un mandataire (élus : président, député, maire, etc.) Il ne faut pas pour autant considérer le vote comme une panacée de la démocratie. Il n’en est qu’un moment fort et déterminant. S’agissant des élections du 31 mai, elles permettront aux populations de désigner leurs mandataires (les députés) à la nouvelle Assemblée nationale pour élaborer les textes législatifs et réglementaires mais aussi de cadrer les actes pris par les ministres. Aussi, elles conduiront à l’élection des maires pour gérer nos agglomérations urbaines et rurales.

Avant ces élections, le microcosme politique a été aussi bien nettoyé que les écuries d’Augias. Ce qui en est resté, a pu compétir. Ces précautions n’ont pas empêché hiatus et cactus qui s’enchevêtrent et alternent. Certains candidats boudent la décision de leur leader de retirer leur formation politique de la compétition pour non-respect des règles du jeu et décident de rester en course. La Cour Suprême déboute les leaders qui se sont plaints de leur poulains indélicats qui crient donc victoire. Ce qui rend donc quasiment nul et de nul effet le retrait d’un parti politique de ces élections. Quand on est candidat, on l’est ad vitam aeternam… Humm, au moins jusqu’à la fin du processus. Les candidats qui ne feront pas chorus avec le leader du parti dont ils portent le flambeau, pourront toujours aller au turbin mais… seuls, tout seuls.

Quant aux autres, ils feront contre mauvaise fortune, bon cœur et attendront une autre échéance électorale pour assouvir leur prétention. Rien ne sert de courir… Il faut espérer que les acteurs du processus électoral tireront les enseignements de tout cela et éviteront de passer par la trappe la prochaine fois.

Si on note avec satisfaction le déroulement apaisé de la campagne, on déplore tout autant le manque d’enthousiasme populaire qui caractérise généralement de tels mouvements de foule, de militants. Est-ce le signe d’un désamour des Guinéens pour la politique ? Est-ce l’absence des partis qui ont dominé le paysage politique depuis un quart de siècle et la présence de nouvelles formations politiques avec à leur tête des leaders totalement inconnus du grand public ?

On espère qu’il sortira des urnes, le 31 mai, des députés et des maires, tous sexes confondus, en capacité morale et intellectuelle d’assumer les fonctions qui leur sont dévolues par la Constitution. Ces femmes et ces hommes se doivent d’être des vrais mandataires du peuple.

Abraham Kayoko Doré