L’ex-prési de la Délégation spéciale de Matam et Cie ont comparu le 29 avril devant la Cour de répression des infractions économiques et financières, pour « détournement de deniers publics, corruption d’agents publics, faux et usage de faux en écritures publiques. » Mais le dossier a été réorienté en instruction pour des enquêtes plus poussées.

Badra Koné est rattrapé par sa gestion à la tête de la mairie de Matam. Le candidat de la Génération pour la modernité et le développement (GMD-bâtir ensemble) aux sélections communales du 31 mai et certains de ses collaborateurs ont brièvement comparu devant la Cour de répression des infractions économiques et financières (Crief). Ils sont soupçonnés d’avoir piqué dans la caisse municipale.

A peine l’audience ouverte, la défense a soulevé des exceptions de nullité. Elle jure, la main sur le palpitant, que Badra Koné est immunisé contre Dame Thémis. « Le Code électoral interdit toute poursuite judiciaire contre un candidat à une élection jusqu’à la proclamation des résultats, sauf en flagrant délit », argumente Me Lancinè Sylla. L’avocat (sans vinaigrette) plaide la libération de son client, car les faits n’ont pas été « commis dans un quelconque contexte de flagrance ».

Des arguments qui ne tiennent pas debout aux yeux du pro-crieur spécial de la Crief. Alphonse Charles Wright trouve « l’argument de la défense léger. » La Cour a rejeté l’exception et ordonné l’ouverture des débats. Mais ceux-ci ont été de courte durée.

Un maire bien rémunéré

Autre exception, l’infatigable défense du candidat de la GMB à Matam ajoute que « les enquêtes ne sont pas approfondies. La procédure de flagrant délit qui a été adoptée par le ministère public pour traduire nos clients devant la chambre de jugement de la Crief ne sied pas en la matière. Il s’agit d’une procédure économique et financière dont la complexité exige qu’un cabinet d’instruction soit saisi et que des enquêtes soient approfondies. »

N’empêche, la Cour a interrogé l’ex-maire nommé sur sa gestion. Abordant le sujet de ses avoirs, le prévenu répond qu’en tant que premier responsable de la commune, il percevait 11 millions de francs glissants de salaire mensuel. « Parallèlement, je fais aussi des affaires depuis plusieurs années, notamment la vente de véhicules. Elles me rapportent au minimum 300 millions de francs guinéens par an », déclare Badra Koné. Il jure n’avoir pas de maison : « Par contre, j’ai 9 parcelles à Maférinyah [Forécariah], achetées depuis 2011. J’ai aussi deux voitures, deux comptes bancaires : j’ai 120 millions de francs guinéens à UBA et un million 500 mille à BCIC. »

Plus d’enquêtes

D’après le prévenu, sa commune n’est pas subventionnée. Elle fonctionne sur ses recettes : « Les recettes de la commune sont investies au compte de la commune de Matam. Avant de quitter mes fonctions, nous avons pris un camion à crédit pour la commune avec une entreprise. Le camion n’a pas été utilisé parce que nous n’avions pas fini de l’acheter. Nous payions chaque mois un montant conclu avec l’entreprise. Ledit camion était garé à la mairie quand je quittais. »

Après avoir entendu Badra Koné sur le fond, la Cour a réorienté le dossier en instruction afin d’approfondir les enquêtes. Me Lancinè Sylla s’en félicite : « La Cour nous a suivis et a renvoyé le dossier devant le parquet spécial à l’effet pour ce dernier de saisir la chambre d’instruction de la Crief. »

Les prévenus (le maire et ses collaborateurs) gardent leurs chambres à l’Hôtel cinq étoiles de Coronthie, en attendant la faim des enquêtes.

Souleymane Bah