Le 1er juin restera à jamais gravé dans ma mémoire. Une date douloureuse, inscrite dans l’histoire de la presse guinéenne et dans celle de ma vie. Il était 12h 13 lorsque mon frère Mamadou Oury Diallo m’annonça au téléphone, la voix étranglée par l’émotion : « Ton patron nous a quittés à l’aube. »

J’ai d’abord refusé d’y croire. La veille, son épouse, notre chère Hadja Fatoumata Bah, affectueusement appelée « La Grosse », m’avait assurée que son état de santé s’améliorait. Ses paroles m’avaient redonné espoir. Rien ne laissait présager que nous allions être frappés par une si terrible nouvelle quelques heures plus tard.


La mort n’est jamais une surprise, dit-on. Mais certaines disparitions bouleversent. Le départ de certaines personnes ne laisse pas seulement un vide. Il crée un silence dans l’histoire elle-même. Souleymane Diallo était de ceux-là.


Pour beaucoup, Diallo Souleymane était le fondateur du Groupe Le Lynx-La Lance, un monument de la presse indépendante guinéenne. Pour moi, il était bien plus qu’un patron. Il était une référence, un guide, une figure paternelle.


Bien avant de le rencontrer, je lui vouais déjà une immense admiration. En 2014, fraîchement sortie de l’université, sa fille aînée, ma belle-sœur Idiatou, m’obtint un rendez-vous avec lui pour un premier stage professionnel. Je me souviens encore de l’avertissement de cette dernière : « Papa est très rigoureux, serres bien ta jupe. »

Le lendemain, lorsque j’entendis sa voix au téléphone pour la première fois, j’en perdis presque mes moyens. J’étais intimidée, impressionnée par l’homme dont la réputation précédait chacun des pas.
Le jour de notre rencontre, à l’immeuble Balde Zaïre, je découvris un homme exigeant, certes, mais profondément humain. Un homme qui savait détecter le potentiel derrière les hésitations d’une jeune stagiaire. Un homme qui n’enseignait pas seulement le journalisme, il enseignait également la discipline, la persévérance et l’amour du travail bien fait.


Pendant les deux années passées à Lynx FM, et depuis mon aventure au sein du Groupe Le Lynx-La Lance, il n’a cessé de me transmettre les mêmes valeurs : la rigueur, la loyauté et l’excellence.


Je n’oublierai jamais ses conseils lorsqu’il corrigeait mes articles : « Kadiatou, il faut lire. Lis encore et encore. La lecture est la nourriture de l’esprit. » Cette phrase continue aujourd’hui de guider chacun de mes pas.
Derrière son apparente sévérité se cachait aussi un homme d’humour. Je me souviens de ce vendredi de bouclage où il aperçut ma perruque posée sur une table de la rédaction. Avec son ironie légendaire, il lança : « C’est la tête de qui, qui traîne par-là ? » Toute la rédaction éclata de rire, lui aussi. Cette phrase est devenue, au Lynx, un mot de passe.


Aujourd’hui, il m’est difficile de parler de lui au passé. Les grands hommes ne disparaissent jamais réellement. Ils vivent à travers les valeurs qu’ils ont transmises, les générations qu’ils ont formées et l’héritage qu’ils laissent derrière eux.
Cher Tonton, merci pour tout. Merci pour votre amour, vos enseignements, votre bienveillance discrète et votre rigueur. Vous êtes parti comme un combattant, la plume, votre seule arme, à la main. Vous êtes resté fidèle à vos principes. Votre immense œuvre sera utile pour des milliers de personnes.


Votre héritage continuera de vivre. Vos leçons continueront d’inspirer. Votre mémoire continuera d’habiter nos cœurs.
Reposez en paix, Tonton Souleymane Diallo !


Kadiatou Diallo