Le 22 juin, les journalistes Abdoul Malick Diallo, Mamadou Bhoye Barry et Alhassane Bah, ont déposé au parquet général près la Cour d’appel de Conakry un signalement contre Moussa Mara, alias « Général El Sissi ».
Dans une vidéo publiée sur la page Facebook du site d’informations Guineematin.com, les plaignants dénoncent des publications faites par « El Sissi » qu’ils considèrent comme étant de nature à attiser les tensions communautaires et à compromettre la cohésion sociale.
Selon Abdoul Malick Diallo, les contenus visés s’en prennent particulièrement à la communauté peule et comporteraient des appels à des mesures discriminatoires à l’encontre de celle-ci. « Ce signalement porte sur des propos relayés sur les réseaux sociaux par un certain Moussa Mara, surnommé Général El Sissi sur Facebook. Celui-ci s’évertue depuis quelque temps à s’attaquer à la communauté peule, à semer la division et à demander aux autorités de priver des citoyens de documents administratifs. » Le journaliste de souligner que de telles prises de position sont susceptibles d’alimenter les tensions dans le pays. « Ce sont des propos de nature à semer le trouble, à fragiliser la cohésion sociale et nationale et à monter les ethnies les unes contre les autres. Ce sont des propos qui ne sont pas à tolérer. »
Les plaignants appellent les autorités à condamner publiquement les déclarations incriminées, estimant qu’aucun responsable ou citoyen ne devrait cautionner des discours susceptibles d’encourager la stigmatisation d’une communauté. Ils invitent par ailleurs le parquet général à donner suite au dossier.
Un El Sissi récidiviste
Les plaignants mettent le procureur général près la Cour d’appel de Conakry face à ses responsabilités. Fallou Doumbouya a, dans un communiqué du 15 avril dernier, menacé de sévir contre les dérives sur les réseaux sociaux : « Nous avons confiance au parquet général. Nous attendons qu’il agisse et qu’il montre à l’opinion publique qu’il n’est plus permis à un individu, quel qu’il soit, de s’attaquer à une communauté, à une région ou à une religion », affirme Abdoul Malick Diallo.
Moussa Mara alias El Sissi n’est pas à sa première attaque contre la communauté peule. Cet ex-proche du RPG arc-en-ciel, aujourd’hui, soutien affiché du pouvoir en place, a fait des diatribes contre les peuls guinéens son cheval de bataille. Les vidéos incriminées sont pour la plupart anciennes. Mais le polémiste a fait aussi, ces derniers jours, des sorties qui interrogent. Il s’abrite derrière une prétendue « lutte contre l’esclavage au Fouta », pour mettre en mal les communautés. Début juin, El Sissi accusait un citoyen de Hafia, dans la préfecture de Labé, d’avoir exproprié des terres d’un autre citoyen de la même localité qu’il qualifie de « Dialonké autochtone. » Ce qui est loin d’être une réalité, selon plusieurs sources.
Moussa Mara alias El Sissi fait ses sorties sur les réseaux sociaux, s’affiche avec plusieurs pontes du régime militaire, sans être inquiété par la justice. Pendant qu’il se pavane dans la nature, d’autres, pour des sorties moins dangereuses, sont recherchés, interpellés, jugés et condamnés sans ménagement. Le deux poids deux mesures va-t-il s’arrêter avec ce signalement à la justice ? On croise les doigts.
Mariama Dalanda Bah et
Yacine Diallo

