À cette deuxième phase du procès du massacre du 28 septembre 2009, le procureur Sidiki Camara a requis ce mardi 23 juin, la requalification des faits en crimes contre l’humanité sur la base de responsabilité pénale du supérieur hiérarchique militaire. Il a aussi réclamé la condamnation du colonel Bienvenu Lamah à 10 ans de réclusion criminelle avec une période de sûreté de 5 ans.
Seul dans ce dossier, le colonel Bienvenu Lamah, gendarme de son état, est poursuivi depuis 2022 pour des faits de complicité d’abus d’autorité, meurtre, d’assassinat, coups et blessures volontaires, viol, vol, incendie et pillage. Ce que le colonel a nié, dans les phases de débat. La défense demande la relaxe pure et simple de l’accusé.
Pour soutenir cette réquisition, le substitut du procureur, Fanka Oularé, a indiqué que les crimes qui sont commis au stade du 28 septembre 2009 ont été minutieusement préparés, organisés, parce qu’à la veille de la manifestation, il y a eu des réunions à la présidence, des tentatives d’annulation de la manifestation. « Comme cela n’a pas réussi, il fallait faire regretter aux manifestants qui étaient allés au stade contre la candidature de capitaine Moussa Dadis Camara, leur opposition. C’est ainsi que les militaires de la garde présidentielle, aidés par les agents en uniforme et les recrues de Kaleyah, armés de gourdins de couteaux, ont massacré une population civile ».
Le procureur réitère que c’est une attaque délibérée contre une population civile, parce qu’elle a été planifiée. Et que les coups de feu ont fait des centaines de victimes. « Les recrues de Kaléyah qui ont brillé par leur atrocité, munies de couteaux, de gourdins et de machettes se sont attaquées aux gens. En pleine connaissance de cause. Des gens ont été traqués au stade comme des lapins. Des femmes ont subi le viol, des personnes ont été torturées. » C’est pourquoi, Fanka Oularé insiste sur une attaque généralisée et systématique sur des manifestants non armés. D’où les crimes contre l’humanité.
Pour le procureur Sidiki Camara, se fondant sur le témoignage d’un certain Mamadi Soumaoro, ancienne recrue de Kaléyah, la responsabilité du supérieur hiérarchique du Colonel Bienvenu Lamah est engagée. Parce que formateur de son état, il n’ignorerait pas ce qui s’est passé. « Les recrues de Kaleyah ne sont pas venues au camp Alpha Yaya de leur propre chef, c’est une demande qui a été faite, elles ont exécuté. C’est lui qui a fait lecture de la liste de 300 commandos, il leur a donné les moyens pour aller au camp, alors qu’ils savaient que le lendemain ils allaient participer à la commission des crimes. Les recrues de Kaléyah étaient sous la responsabilité du colonel Bienvenu Lamah, ils ne pouvaient pas quitter le camp sans qu’il ne soit au courant. C’est sous son autorité que les recrues ont quitté le camp Kaléyah, pour se rendre d’abord au camp Alpha Yaya, avant de se rendre au stade pour la commission des infractions. Il est rentré avec eux au camp Kaléyah, certains étaient blessés et avaient le butin », a accusé le procureur Sidiki Camara. Ajoutant que le général Aguibou Tall, lors de sa comparution en tant que témoin, a sorti une liste de la chronologie des directeurs du centre de Kaléyah établie par le cabinet du Haut commandement de la gendarmerie, que le nom du colonel Bienvenu Lamah y figurait en tant que directeur du centre de Kaléyah.
« Le colonel Bienvenu Lamah est innocent »
L’avocat de la défense, Maître Pépé Antoine Lamah, a botté en touche les arguments du parquet en les qualifiant de fallacieux. Selon lui, une requalification tardive serait une violation des droits de la défense. Parce que le colonel Bienvenu Lamah n’a jamais été interrogé sur une attaque généralisée, sur une politique d’Etat, sur un quelconque crime contre l’humanité au cours des débats. « Modifier l’objet du procès reviendrait à condamner un accusé qui n’a pas été entendu sur ces sujets. Nul ne peut être poursuivi ni condamné sur une loi rétroactive, parce que les faits pour lesquels il est poursuivi datent de 2009 alors que c’est en octobre 2016 que cette loi a été adoptée. » Mieux, soutient l’avocat de la défense, les faits ont été discutés de la Chambre d’instruction jusqu’à la Cour suprême où la charge « crime contre l’humanité » avait été écartée et l’accusé avait été acquitté.
Maître Pépé Antoine Lamah est catégorique, il y a une absence totale de responsabilité de commandement du colonel Bienvenu Lamah. « Aucun élément probant ne peut justifier que le colonel Bienvenu Lamah était le directeur du centre de Kaléyah. Il n’a jamais été le directeur du centre de Kaléyah. Le colonel Bienvenu Lamah était un simple instructeur. Le général Tall n’a pas assumé que le colonel Bienvenu Lamah était le directeur du centre de Kaléyah. Il ne l’a jamais dit. Le colonel Bienvenu Lamah n’avait aucun pouvoir de recrutement, il n’avait aucun pouvoir sur les recrues », a expliqué l’avocat, ajoutant que le colonel Bienvenu Lamah était en formation de février à mars 2009. Tout cela concourt, dit-il, à rejeter la demande de requalification des faits, donc irrecevable, la responsabilité de commandement étant loin d’être établie.
L’avocat de la défense poursuit en disant que Les principaux témoins ont brillé par des incohérences. « C’est un complot, une manipulation, une mise en scène orchestrée par les parties civiles et le parquet en prenant en compte les témoignages de Mamadi Soumaoro. » C’est pourquoi, il demande la relaxe pur et simple du colonel Bienvenu Lamah.
Mamadou Adama Diallo

