Trois semaines après le double scrutin du 31 mai dernier, les agents des bureaux de vote ne sont toujours pas payés. Déjà agacés par la situation, ils doivent encore prendre leur mal en patience.
Les sélections communales et légis-tardives sont désormais derrière nous. Les résul-tares définitifs publiés par la Basse-Cour suprême confirment la mainmise de la GMD-Bâtir Ensemble, mouvement présidentiel, sur les futures communes et l’Assemblée nationale du bled. Pendant ce temps, à la Direction générale des élections (DGE), on semble être passé à autre chose, alors que la majorité des agents électoraux, notamment les 118 395 membres des bureaux de vote, attendent toujours leur fric.
Présis de bureaux de vote, vice-prési, secrétaires, assesseurs… personne n’a encore officiellement touché ses indemnités. Tous les regards sont désormais tournés vers la DGE, chargée du paiement. Contrairement aux deux précédents scrutins, l’institution a décidé de changer de méthode pour les sélections du 31 mai. Elle a non seulement digitalisé le recrutement des agents électoraux, mais aussi leur rémunération. La dirlo de la boîte, Djénabou Touré, justifiait ce changement en ces termes : « Le paiement numérique élimine les risques liés à la manipulation du cash et garantit que chaque agent perçoive directement ses indemnités. » Mais jusqu’ici, rien ou presque.
La colère monte
Ces derniers jours, les nerfs commencent à chauffer. Des agents s’impatientent et menacent même de descendre dans la rue, s’ils ne perçoivent pas rapidement leur argent : « Nous sommes venus déposer des avis de manifestation à la direction préfectorale des élections, à la préfecture et au gouvernorat. Cela fait trois semaines que nous attendons. Si nous n’avons pas notre argent ce week-end, lundi nous descendrons dans la rue », déclare un membre de bureau de vote à Labé le 19 juin. Selon lui, la Direction préfectorale des élections (DPE) de Labé leur avait assuré que les paiements seraient effectués dans un délai de trois jours. Que dalle !
« Ils vont être payés »
Ce qui accentue davantage l’ire des membres des bureaux de vote, c’est que ceux des Commissions administratives de centralisation des votes (CACV) ont, eux, été payés presque immédiatement. Ils ont perçu leurs primes de formation le jour même du scrutin, tandis que le reste de leurs indemnités est tombé il y a environ dix jours.
Pendant ce temps, la DGE est longtemps restée muette sur le sort des membres des bureaux de vote. Désormais qu’elle communique, elle refuse toutefois de hâter les pas. Seule une partie des agents a été payée dans certaines communes, notamment à Lambanyi (Conakry), à Popodara dans le buisson de Labé, à Tougué ou encore dans quelques coins de la Guinée forestière. Pour les autres, ni les primes de formation ni les indemnités liées au scrutin n’ont encore été versées. Un dirlo communal des sélections s’en lave les mains : « Cette fois-ci, la DGE gère tout. Nous attendons comme les agents électoraux. »
À la Direction générale des élections, on tente néanmoins de désamorcer la crise. Une source proche de l’institution assure que tous les concernés finiront par toucher leur dû : « Ils vont être payés progressivement. D’habitude, les indemnités sont versées en liquide dès le lendemain du scrutin. Cette fois-ci, nous avons digitalisé le processus et institué des vérifications supplémentaires, afin d’éviter les doublons. » La même source reproche aux agents leur impatience : « Ce sont des gens qui manquent de patience. Pourtant, ils savent qu’ils seront payés. »
En dehors des primes de formation fixées à 150 000 francs glissants le jour, un prési de bureau de vote doit percevoir 500 000 francs glissants. Les vice-présidents et secrétaires ont droit à 400 000 francs glissants chacun, tandis que les assesseurs doivent normalement toucher 300 000 francs glissants. Mais pour l’instant, ces montants restent virtuels.
Yacine Diallo

