Après les élections légis-tardives et communales du 31 mai dernier, la Direction générale des sélections a publié et transmis les résul-tares du double scrutin à la Basse-Cour suprême. Les suffrages, largement en faveur du pourboire, suscitent ire et délire des autres partis opposés…
Les Guinéens, du moins quelques-uns d’entre eux, étaient aux urnes le 31 mai pour élire leurs représentants à l’Assemblée nationale déjà monocolore et pour choisir les conseillers communaux devant diriger les 375 mairies du bled. Sans surprise, la Génération pour la modernité et le développement (GMD) au pourboire et ses alliés se sont taillés la part du lion. Selon les résul-tares provisoires globaux proclamés le 5 juin, la GMD a raflé 98 des 147 sièges au Parlement. Au scrutin majoritaire uninominal et plurinominal, la GMD n’a laissé aux autres que deux circonscriptions électorales : Koundara au Frondeg et Gbessia à Avenir Guinée Nouvelle. Une véritable razzia électorale, comme on pouvait s’y attendre !
L’UPR de Bah Oussou Kouthioun, le BL de Faya Mini-mono, le Frondeg d’Abdoulaye Yéro Ta-Baldé et le PADES d’Ousmane Kabako étaient censés combler le vide laissé par l’UFDG de la Petite Cellule Dalein Diallo, le RPG d’Alpha Grimpeur et l’UFR du Sid Touré. Que nenni ! Avec les autres opposants-partisans, ils se sont partagés les miettes tombées de la table de la GMD : 49 sièges. A qui la faute ? Suivez mon regard !
En ce qui concerne les sélections communales, 8 753 conseillers municipaux ont été élus dans les 375 circonscriptions. Parmi eux, 623 nounous. Là encore, les résul-tares provisoires donnent majoritaires les candidats du pourboire dans plusieurs communes. D’où la frustration, les plaintes et les récriminations des autres prétendants en lice.
La GMD et ses alliés, comme l’UMP, sous la bannière de laquelle Dansa Couroux-ma, périmé prési du Conseil national de la transition, est élu dépité, ont jubilé. Au même moment, des leaders poétiques et autres candidats aux sélections déchus dénoncent un processus électoral « biaisé » et des cas de « fraudes » lors d’un double scrutin du 31 mai qui n’a pas drainé des foules. Malgré tout, la bosse des sélections, Djénabou Touré, évoque un taux de participation de 58,51%.
Chapelet d’anomalies
Le Bloc libéral et sa tête de liste, Faya Mini-mono, avaient pesté bien avant la transmission des résul-tares à la Basse-Cour suprême. Oumar Sanoh, le boss du parti, avait appelé à suspendre la centralisation des votes, dénonçant une « violation » du Code électoral. « Dans de nombreuses localités, les urnes sont retirées des bureaux de vote et transportées vers des chefs-lieux de préfecture ou d’autres centres de centralisation sans qu’aucun dépouillement préalable n’ait été effectué. Dans de nombreux cas, les représentants des partis et des candidats ont été exclus des opérations ou empêchés d’exercer leur droit de contrôle. Les procès-verbaux ne sont ni affichés ni remis conformément aux prescriptions légales », dénonçait-il lors d’un poing de braise.
Le Front démocratique de Guinée (Frondeg), lui, conteste son score. Son candidat (tête liste) à Kagbélen (Cona-cris), Saïkou Oumar Ta-Baldé, accuse la Direction gérante des sélections d’avoir proclamé des scores « contraires » aux chiffres de la commission locale de centralisation des votes. Il brandit des résul-tares validés par ladite commission de l’ordre de 20 515 suffrages pour le Frondeg, contre environ 17 000 voix pour la GMD. Des chiffres, jure-t-il la main sur le palpitant, qui avaient été approuvés et signés par les membres de la commission avant leur affichage. Mais, déplore-t-il, la DGE a inversé les scores : elle a attribué 17 609 suffrages au Frondeg et 19 853 voix à la GMD. Le candidat a saisi la Basse-Cour suprême.
A Mamou, plusieurs candidats à la Mairie, comme celui du mouvement Solution pour la modernité et le développement ou celui du Frondeg, contestent les résul-tares proclamés par le machin de nos sélections. Ils ont saisi le tribunal de première instance du coin de manquement au Code électoral, entre autres. Attendons de voir la fuite !
Le bouc émissaire de l’UPR
Dans une déclaration du 8 juin, des cadres de l’Union du progrès et du renouveau (UPR) de Bah Oussou-Kouthioun se sont lamentés de leur score : zéro dépité. Toutefois, le parti se console de maigres victoires aux mairies de Tountouroun, de Diari, Bantignel, Sintaly, Bourouwal-Tappé, Gongoré, Ninguélandé et Tanènè. « Ces résultats, humiliants pour la plupart d’entre nous, sont de loin en deçà de la réalité, de l’assise et de la représentativité du parti sur le territoire national. Ils sont le reflet d’un amateurisme patent au niveau de certains cadres du bureau exécutif national qui ont engagé le parti dans les élections en ignorant nos structures et les règles de fonctionnement de notre entité politique », dénoncent les cadres dont Thierno Ousmane Diallo, périmé ministre de l’ère Grimpeur et actuel secrétaire aux affres extérieures du parti. C’est la première fois de toutes les législatures, que le bled a connues depuis l’avènement du multipartisme, que l’UPR sera absente à l’Assemblée nationale, s’offusquent-ils.
Le Parti des démocrates pour l’espoir (PADES) d’Ousmane Kabako n’a pas non plus décroché de siège à la future Assemblée nationale. « Je comprends la frustration de nombreuses personnes qui ont le sentiment que les résultats très décevants ne correspondent en rien aux votes de la population aux scrutins local et national. Toutefois, j’exhorte toutes celles et tous ceux qui partagent ces sentiments à privilégier la paix sociale et la stabilité du pays. Ceux d’entre vous qui ne peuvent s’y résoudre ont des recours légaux à leur disposition », exhorte-t-il dans une déclaration. Qui est fou ?
Yaya Doumbouya

