La fin du règne de Macky Sall a été tumultueuse et compliquée par les espiègleries de deux jeunes gorguis, deux mousquetaires ayant fini par avoir la peau du messie de l’Alliance pour la république, APR et de sa formation politique. Ils ont même créé leur propre formation politique, le Pastef (Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité). Mais avant de sombrer, Macky en représailles à ces gesticulations, punit le plus troublant, Ousmane Sonko, de la redoutable peine d’inéligibilité et son compagnon, Bassirou Diomaye Faye d’un petit temps de méditation au gnouf. Ne pouvant se présenter à l’élection présidentielle qui clôt l’ère Macky, Sonko adoube le secrétaire politique du Pastef, Diomaye Faye, et rallie à sa candidature les militants qui l’élisent à une forte majorité. Sonko devient Premier ministre. La classe politique sénégalaise et africaine, particulièrement la jeunesse, salue la posture de Sonko, la discipline des militants du Pastef et l’élection de Bassirou Diomaye Faye.

La situation est rarissime en Afrique où un leader politique retoqué par une décision de justice préfère que sa formation boude les élections plutôt qu’une candidature de substitution. La tendance est aussi celle des férus du 3è mandat, aux yeux desquels aucun de leurs camarades de parti n’a assez de grâce pour être élu président de la République. Popaul Biya, Obiang Nguéma, Wade Cocotaillé, Alpha Grimpeur, ADO et tutti quanti s’abreuvent ou se sont abreuvés à cette source du pouvoir qui leur donne envie d’en avoir jamais assez.

Hélas ! l’expérience sénégalaise a déjà un goût d’inachevé. Elle n’a même pas résisté à une année de vicissitudes sociopolitiques sur fond de guerre de chefs. L’ego surdimensionné de meneur d’hommes, Ousmane Sonko, ne pouvait pas longtemps souffrir le poids des contraintes hiérarchiques. Il ne peut pas oublier que c’est lui qui a fait de Bassirou Diomaye Faye, roi. Très tôt, contradictions fondamentales et subsidiaires se percutent et créent le désordre au sommet de l’État. Progressivement, se constituent des clans autour des deux principaux responsables de l’exécutif. Peu à peu, chacun sort de ses gonds.

Face au Pastef de Ousmane Sonko, « la Coalition Diomaye Faye Président », mise en place pendant l’élection présidentielle, s’organise, s’émancipe et s’autonomise. De querelle de clocher, on passe rapidement à une guerre ouverte. Les amis et camarades d’hier sont de plus en plus irréconciliables. La bonne phraséologie du genre « Sonko c’est Diomaye Faye et Diomaye Faye c’est Sonko » est jetée aux orties. La consommation du divorce est actée par le limogeage de Sonko à la Primature, son élection au perchoir et la récente création de Kiiraay par le président Diomaye Faye et ses amis ainsi que par beaucoup d’élus de l’APR.

Ainsi, les rivalités précoces entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye n’ont pas favorisé la saine gestion du pouvoir, gage de sa longue conservation. L’échéance électorale de 2029 a tôt été un point de fixation de toutes les convoitises et de toutes les ambitions de part et d’autre. La légitime ambition de Diomaye Faye de rempiler percute celle de Sonko de voir récompensé sa lutte à mort avec Macky Sall. Les avantages matériels et immatériels générés par le pouvoir ont éclipsé le souci et la volonté de mise en œuvre du programme de société du Pastef et conséquemment l’atteinte des résultats attendus et promis au populo.

On subodore la débauche d’énergie et le gaspillage de ressources que ces lutteurs sénégalais vont consacrer aux futurs combats épiques de lutte qui vont les opposer dans les arènes de Dakar, Mbour, Ziguinchor, etc. Ceux qui ont déjà assisté à un combat opposant Modou Lô à Sa Thiès apprécieront !

Les patriotes africains du Sénégal et d’ailleurs ont bien le bec dans l’eau. Ils s’attendaient à une attitude plus patriotique et responsable des deux jeunes leaders sénégalaids qui sont passés bien loin de leur pompe. Ils donnent du grain à moudre aux dinosaures politiques qui, se disant être sortis des cuisses de Jupiter, croient en leur étoile d’être prédestinés aux fonctions de chef d’État. On apprendra beaucoup de cette expérience de la vie politique sénégalaide qui a bien l’air d’un cas d’école.

Abraham Kayoko Doré