Excellence Monsieur le Prési de la Roue-publique,
Je me permets de vous adresser cette lettre ouverte au nom des milliers de Guinéennes et de Guinéens qui, chaque jour, empruntent nos routes la peur au ventre. Cette inquiétude n’est plus le fruit d’une simple perception. C’est une réalité tragique, causée par la circulation anarchique des gros porteurs sur notre réseau routier.
Camions-remorques, semi-remorques, porte-conteneurs, citernes, bennes, porte-engins, convois exceptionnels et autres poids lourds circulent désormais du jour comme de nuit dans nos villes, sans qu’une réglementation visible ne soit effectivement appliquée. Cette situation expose les usagers à un danger permanent.
Monsieur Mamadi Doum-bouillant,
Les accidents impliquant ces engins sont d’une fréquence alarmante. En l’espace de quelques semaines, notre pays a été endeuillé par plusieurs collisions ayant coûté la vie à de nombreuses personnes. Derrière chaque victime il y a une famille brisée, des enfants orphelins, des endeuillés, des rêves stoppés. La douleur des familles est immense, et bien souvent, leurs larmes demeurent leur unique consolation.
À force de se répéter, ces drames nous conduisent vers une dangereuse banalisation de la vie humaine. Or, aucune nation ne peut prétendre se développer lorsque la vie de ses citoyens cesse d’être la priorité absolue.
Excellence,
Notre pays dispose pourtant de services chargés de faire respecter les règles de la circulation. Malheureusement, de nombreux témoignages font état d’une réalité préoccupante : des agents censés contrôler les horaires de circulation des poids lourds semblent davantage préoccupés par le glissement du franc glissant dans leurs poches que par l’application rigoureuse de la réglementation. Les contrôles se réduisent parfois à des transactions frauduleuses permettant à ces véhicules de poursuivre leur trajet, au mépris de la sécurité publique.
Cette situation nourrit un profond sentiment d’impunité et affaiblit l’autorité de l’État.
Au-delà des pertes humaines, ces teufteufs provoquent également d’importants dégâts matériels. Ils détériorent prématurément les chaussées, renversent des panneaux de signalisation, endommagent les poteaux électriques, détruisent des commerces, percutent des clôtures et parfois même des habitations. Les coûts supportés par l’État et les particuliers sont considérables.
À cela s’ajoute une autre préoccupation : des informations récurrentes font état de véhicules confiés à des ados insuffisamment qualifiés ou manifestement trop jeunes pour piloter des engins d’un tel gabarit. Si ces faits sont avérés, ils doivent être freinés par des contrôles renforcés et des sanctions exemplaires.
Monsieur le Prési de la Roue-publique,
Plusieurs pays de la sous-région ont adopté des mécanismes efficaces afin d’encadrer la circulation des poids lourds. Des plages horaires strictes leur sont imposées, limitant leur présence dans les centres urbains pendant les heures de forte affluence. Des contrôles électroniques, des pesées obligatoires, des sanctions administratives et financières dissuasives, la suspension des autorisations de transport ainsi que l’immobilisation immédiate des véhicules en infraction constituent autant de mesures qui contribuent à réduire les accidents et à préserver les infrastructures publiques.
La Guinée gagnerait à s’inspirer de ces bonnes pratiques en vue d’une politique nationale de sécurité routière applicable à tous, sans distinction.
Excellence Prési Doum-bouillant,
Les citoyens attendent aujourd’hui une réponse forte de l’État, ils espèrent notamment :
- l’application stricte des horaires de circulation des gros porteurs ;
- le renforcement des contrôles sur les qualifications des conducteurs et sur l’état technique des véhicules ;
- la lutte sans concession contre la corruption aux postes de contrôle ;
- des sanctions exemplaires contre les transporteurs et les agents publics indélicats ;
- la modernisation de la signalisation routière et la protection des zones fortement fréquentées par les piétons.
Excellence,
Vous avez fait de la refondation de l’État le maître-mot de votre action. La sécurité routière mérite de figurer parmi les urgences nationales. Chaque jour d’inaction expose davantage de familles au danger.
La vie humaine n’a pas de prix. Aucun impératif économique, aucun calendrier logistique et aucun intérêt particulier ne sauraient justifier que des Guinéens continuent de perdre la vie dans des circonstances qui peuvent être prévenues par l’application effective de la loi.
Je demeure convaincu qu’une action résolue de votre haute autorité permettra de restaurer l’ordre, de responsabiliser tous les acteurs du transport routier et, surtout, de sauver des vies.
Veuillez agréer, Excellence Monsieur le Prési de la Roue-publique, l’expression de ma très haute considération.

